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Bouleversement économique : une nouvelle terre d’opportunités à saisir

Invité lors d’un rendez-vous cross-fonction d’Agora Managers Groupe, Charles Sannat*, fondateur d’Insolentiae, décrypte comment transformer les crises économiques, géopolitiques, climatiques et technologiques en leviers stratégiques.

Pour l’éditorialiste économique, la capacité à identifier les paradoxes et à reprendre en main ses choix patrimoniaux, professionnels et géographiques constitue désormais l’avantage concurrentiel majeur des managers qui acceptent de reprendre la main sur leur vie.

IA, mondialisation, crises : et si notre capacité à transformer l’anxiété ambiante en opportunités était la clé pour prospérer ?

« L’anxiété nous empêche de voir l’avenir, elle étouffe nos envies de créer, d’innover, de prendre des risques.« 

Un monde de risques… et d’opportunités

Chocs géopolitiques, mondialisation accélérée, crise climatique, pandémie, révolution de l’intelligence artificielle : pour l’éditorialiste économique Charles Sannat, le début du XXIᵉ siècle a fait exploser l’anxiété collective, mais a aussi ouvert une « nouvelle terre d’opportunités » pour ceux qui acceptent de reprendre la main sur leur vie et leurs choix.

L’enchaînement des crises, de 2001 au Covid

Pour Charles Sannat, le « point de césure » se situe le 11 septembre 2001, qui fait basculer les économies avancées d’un monde relativement insouciant à un monde de guerre permanente, de tensions géopolitiques et de dépenses militaires massives. Les interventions successives en Afghanistan, en Irak puis au Moyen-Orient redessinent durablement l’environnement économique et nourrissent un climat d’inquiétude chez les populations. Dans le même temps, la montée en puissance de l’information en continu et des réseaux renforce ce sentiment d’urgence et de vulnérabilité.

La mondialisation entre déclassement et enrichissement

L’entrée de la Chine à l’OMC au début des années 2000 marque, selon lui, le passage à une mondialisation « exponentielle », avec son lot de délocalisations, de fermetures d’usines et de chômage dans de nombreux territoires. Sannat reconnaît sans détour cette violence sociale, notamment pour les petites zones industrielles frappées de plein fouet. Mais il souligne aussi l’autre face du phénomène : une explosion des richesses créées au niveau mondial, un nombre inédit de millionnaires, et une masse monétaire jamais atteinte dans l’histoire, qui augmente statistiquement la probabilité pour chaque individu de capter une part de cette richesse.

De la canicule de 2003 à l’anxiété climatique

La canicule de 2003 constitue, dans son analyse, le point de départ d’une nouvelle forme d’angoisse : l’anxiété climatique. Là où les générations plus âgées gardent le souvenir d’un monde « d’avant », les plus jeunes grandissent avec l’idée d’un avenir menacé, voire d’un « no future » qui remet en question études, travail, projets de famille ou d’innovation. Sannat y voit un facteur majeur de paralysie des « pulsions de vie », qui s’ajoute aux inquiétudes géopolitiques, économiques et sanitaires, amplifiées jusqu’à la crise du Covid et ses conséquences psychologiques durables.

La révolution de l’IA, nouvelle ruée vers l’or

Après la révolution industrielle et l’essor d’Internet, Charles Sannat considère l’intelligence artificielle comme la nouvelle rupture structurante, comparable aux années 1995–1997 pour le Web. Les métiers de demain n’étant pas encore définis, il estime que les cartes sont largement rebattues pour ceux qui se forment tôt, expérimentent et adoptent les nouveaux outils. Il rappelle qu’à chaque grande vague technologique, les grands gagnants ne sont pas seulement ceux qui « cherchent l’or », mais aussi les « vendeurs de pelles », ceux qui fournissent les infrastructures, matériels et services indispensables à la révolution en cours.

Libertés individuelles et « triptyque PEL »

Face à ce monde jugé anxiogène, Sannat plaide pour une reprise en main individuelle autour de ce qu’il appelle son « triptyque PEL » : Patrimoine, Emploi, Localisation. Selon lui, chacun dispose encore de marges de liberté pour gérer son patrimoine (arbitrages d’épargne et d’investissement), orienter son emploi (formation, reconversion, mobilité professionnelle, départ à l’étranger) et choisir sa localisation (niveau de vie très différent selon les territoires). Il invite à utiliser ces leviers de façon offensive plutôt que de rester en position subie face à la fiscalité, aux politiques publiques ou aux aléas macroéconomiques.

Nvidia, c’est le vendeur de pelles de la ruée vers l’or actuelle.

EXTRAIT : Jérome Papin : L’IA est une révolution, peut faire peur, mais est-elle aussi une opportunité incroyable ?

Charles Sannat : Je comprends parfaitement qu’on puisse avoir peur. Je comprends même qu’on puisse être totalement pétrifié. D’ailleurs, je renvoie tous ceux qui nous écoutent à un livre qu’il faut absolument lire : Ne faites plus d’études de Laurent Alexandre et d’Olivier Babeau. Laurent Alexandre, fondateur de Doctissimo, est médecin-urologue et Olivier Babeau est économiste.

À eux deux, ils cumulent 30 ou 35 ans d’études supérieures. L’un est énarque, l’autre a trois doctorats… Bref, ce sont des surdiplômés. Ce sont deux garçons très intelligents, avec toutes les références académiques possibles. Vous pouvez donc acheter leur bouquin sans hésiter : c’est une réflexion excellente sur l’avenir immédiat, parce que la révolution de l’IA, c’est maintenant. Comme aurait dit François Hollande : le changement, c’est maintenant. Pas demain ou après-demain : c’est déjà en cours.

Devant cela, vous avez deux manières de réagir. Soit c’est anxiogène : comment m’adapter ? Qu’est-ce que je vais devenir ? Vais-je être remplacé ? Mes enfants trouveront-ils du travail ? Quelles études doivent-ils faire ? Comment me former ? Comment envisager les 20 ou 30 ans de carrière qu’il me reste alors qu’on nous recule l’âge de la retraite, comme en Allemagne ? Comment se projeter à trente ans alors qu’on ne sait même pas quels métiers existeront demain ?

Regardez : le métier de prompteur, dont on a parlé ces deux dernières années avec GPT… ça n’existait pas. Et c’est justement là qu’apparaît une opportunité considérable. Parce que les métiers de demain, n’existant pas, on ne peut pas former académiquement les experts de demain. C’est donc à chacun de se saisir du sujet de l’IA. Vous n’allez pas attendre que votre employeur vous envoie faire une formation Excel dans un organisme traditionnel. Ça va aller extrêmement vite. Ça va déjà terriblement vite.

Les usages changent profondément. Tous nos jeunes utilisent GPT. Ce qui fait que, académiquement, les devoirs maison ne servent plus à rien : c’est GPT qui les fait. Ou Claude. Ou Mistral. Ou Gemini de Google. Bref, tout y passe.

Nous sommes aujourd’hui en 1995–1997 de l’IA, si on fait une analogie avec la bulle Internet. Je me suis amusé à poser la question à GPT, à Gemini, etc. : « Si on compare avec Internet, nous sommes à quelle période ? » Toutes les IA ont donné la même réponse : on est entre 1995 et 1998. En 1998, Facebook n’existait pasGoogle n’existait pas, et Amazon n’était qu’un petit libraire dont personne n’imaginait l’avenir. En revanche, les fabricants de modems 36k, les distributeurs de CD-ROM, AOL… tout cela a disparu.

Et comme à chaque révolution, c’est aussi une terre d’opportunités incroyable, notamment financières. Oui, il y a déjà une bulle autour de l’IA. Regardez Nvidia, la plus grosse capitalisation mondiale, qui vend les cartes permettant de faire tourner les modèles d’IA. Nvidia, c’est le vendeur de pelles de la ruée vers l’or actuelle. Dans toutes les révolutions — l’or, le train, Internet — les grands gagnants ont souvent été ceux qui vendaient les infrastructures, les rails, les vis, les pelles. Aujourd’hui, c’est Nvidia.

Donc oui, tout change mais rien ne change. C’est très prévisible, et plein d’opportunités, en termes de placements mais aussi en termes professionnels, à condition d’avoir une vision.

Et cela m’amène à un autre avantage du monde dans lequel nous vivons : jamais la formation n’a été aussi facile. À mon époque, il fallait se déplacer physiquement dans les bibliothèques, chercher l’information dans des livres statiques, et mettre des années à l’ingurgiter. Aujourd’hui, on peut se former sur absolument tout, en ligne, quasiment gratuitement. Et si l’on veut aller plus loin, il existe des formations payantes. Jamais la connaissance n’a été aussi accessible.

Et pourtant… paradoxalement, on en profite très peu. On mobilise très peu ces outils à titre individuel. Alors qu’on a même le CPF, le Compte Personnel Formation, qui — je le reconnais — est une réforme extraordinaire : on choisit soi-même ses formations et on utilise son budget comme il nous semble. Ce sont des outils de liberté, d’opportunités, précieux dans un monde de bouleversements où l’IA, comme la mondialisation, fera des gagnants et des perdants.

Collectivement, on peut avoir une réflexion politique pour réduire le nombre de perdants. J’en parle souvent sur mon site, je critique l’absence de vision de ceux qui nous dirigent. Mais individuellement, il ne faut pas attendre que l’État, que Monsieur Macron ou Monsieur Lecornu, ou leur remplaçant de demain, viennent vous dire quoi faire.

Les opportunités ne peuvent être saisies que dans le cadre de la responsabilité individuelle. Et c’est là où, en France, nous avons un frein culturel immense : nous attendons trop de l’État. Cette culture très protectrice, très collectiviste, dilue la responsabilité individuelle et freine notre capacité à transformer les difficultés en opportunités.

De l’anxiété à l’action : une morale très personnelle

Au cœur de son discours, une idée revient : l’anxiété, entretenue par les crises et le flux d’informations, empêche de voir les opportunités et de décider. Pour s’en extraire, Charles Sannat recommande d’identifier les paradoxes (entre discours et décisions, entre slogans écologiques et pratiques industrielles, entre annonces politiques et réalité des réformes) afin de distinguer le « bruit » des tendances lourdes. Et termine en paraphrasant Audiard : « mieux vaut le con qui marche que l’intellectuel qui reste assis ». (Un intellectuel assis va moins loin qu’un con qui marche. Michel Audiard)

EXTRAIT : Charles Sannat : La vraie question, c’est : comment se repositionner quand on a été frappé de plein fouet par la mondialisation ? Je vis dans une zone rurale : nous avions des petites usines, des petites manufactures… elles ont toutes fermé, toutes été délocalisées. Quand on est directement touché, il est évidemment difficile de faire l’effort intellectuel qui consiste à se dire : « Je suis une victime de la mondialisation, mais comment pourrais-je désormais en tirer des bénéfices ? »

Si l’on analyse les choses sans idéologie, sans moraline, et sans tomber non plus dans l’excès inverse qui consisterait à dire que « la mondialisation, c’est génial », on voit bien qu’elle est en réalité géniale pour certains et dramatique pour d’autres. C’est extrêmement nuancé, et chacun a autour de lui suffisamment d’exemples pour illustrer cette dualité.

Mais il faut aussi reconnaître que, malgré tous ses effets négatifs — et il ne s’agit pas d’en cacher un seul — la mondialisation offre aussi des opportunités considérables. Jamais notre jeunesse n’a autant voyagé. Jamais elle n’a autant fait de séjours à l’étranger, de semestres d’études en Europe ou bien plus loin : États-Unis, Amérique du Sud, Asie… Jamais il n’a été aussi facile de se déplacer, d’étudier, de découvrir le reste du monde.

Deuxième conséquence positive majeure : la création de richesses. Certes, chez nous, une partie de la richesse a été transférée ailleurs, et les populations n’ont jamais été consultées. Il n’y a pas eu de référendum pour demander : « Voulez-vous être un peu plus pauvres pour que les petits Chinois soient un peu plus riches ? » Évidemment, cette absence totale de débat démocratique crée anxiété, rancœur et rejet politique de la mondialisation.

Néanmoins, jamais l’humanité n’a créé autant de millionnaires et de milliardaires. Et la France en compte énormément : nous sommes régulièrement dans le top 5 mondial. Malgré une fiscalité effrayante, nous restons un pays extrêmement riche au regard des standards planétaires.

Et le corollaire, c’est qu’il n’y a jamais eu autant de monnaie en circulation dans le monde. Cela signifie qu’il n’a jamais été aussi probable, statistiquement, de réussir à capter une part de cette masse de richesse. Autrement dit : il n’a jamais été aussi facile, dans l’histoire de l’humanité, de devenir riche. C’est un renversement de perspective très difficile à admettre quand on est pris par l’anxiété.

Parce que l’anxiété nous empêche de voir l’avenir, elle étouffe nos envies de créer, d’innover, de prendre des risques. Selon notre sensibilité, elle érode plus ou moins fortement nos pulsions de vie. Et quand nos pulsions de vie diminuent, notre capacité à percevoir les opportunités s’effondre. C’est extrêmement triste, et encore plus lorsqu’on observe cela chez nos jeunes.

*La BIOGRAPHIE

Charles Sannat, né en 1975, est un économiste et entrepreneur français connu pour ses analyses de l’actualité économique sur son site Insolentiae.com.​

Formation : Diplômé de l’École Supérieure du Commerce Extérieur (ESCE, 1993-1997) et du Centre d’Études Diplomatiques et Stratégiques (CEDS, 1998-1999) en relations internationales et géoéconomie.​​

Parcours professionnel : Il débute en 1997 comme consultant puis manager dans les technologies de l’information (banque/assurance) au sein du groupe Altran. En 2006, il rejoint BNP Paribas comme chargé d’affaires. De 2011 à 2015, il est directeur des études économiques chez AuCoffre.com, plateforme d’or physique. En 2012, il lance Le Contrarien Matin ; en 2015, il fonde Insolentiae.com et sa chaîne YouTube insolentiae.tv.

Principales publications
Les vraies raisons de la crise (2013, hors-série Le Contrarien Matin, préface de Simone Wapler).​
La méthode infaillible pour investir dans l’immobilier (2020).​ La méthode infaillible – Marre d’être pauvre / Devenir riche (2020).​ La méthode infaillible pour trouver un travail ou en changer (2020).​

Propos recueillis par Jérôme Papin, Journaliste Agora Média

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