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Présentation de la vie d’un entrepreneur et du lancement d’un jeu de cartes

D’une simple intuition à une success story en devenir, Brice Girod raconte une aventure entrepreneuriale désormais tournée vers l’international avec le jeu Après-ski, déjà un succès avec 11.000 ventes en un an.

Ancien directeur de cabinet parlementaire et cadre dirigeant chez Agora Managers, il quitte le salariat pour fonder Jumojeux, une maison d’édition de jeux de société, née d’une idée surgie au pied des pistes. Dans un marché du jeu de société en pleine explosion, il mise sur une niche inattendue, le ski et dévoile les étapes clés qui ont façonné son projet, de la création à l’édition jusqu’à la distribution.

Julie Guénard : Quel est votre parcours ?

Brice Girod :
J’ai fait du droit et des sciences politiques. J’ai d’abord travaillé dans la politique pendant neuf ans : assistant parlementaire, puis directeur de cabinet d’un élu. Ensuite, je suis parti dans le privé, chez Agora Managers — ici présent — où j’ai eu le bonheur de travailler pendant treize ans.
J’ai vu une société qui s’est très bien développée. Et en 2023, je me suis lancé comme entrepreneur.


Julie Guénard : Vous avez lancé Après-ski, un jeu de cartes dédié au ski. Comment est née cette idée ? Et quel a été le déclic ?

Brice Girod :
J’avais envie de quitter le salariat, car j’ai toujours eu cette velléité d’entreprendre. Avant d’entrer chez Agora Managers, j’avais déjà tenté quelques projets. Cette envie était vraiment ancrée en moi. Et là, étant quadragénaire, je me suis dit : c’est maintenant ou jamais.

Je m’orientais plutôt vers une idée de startup, avec un peu de tech. J’avais une bonne idée, mais très complexe à exécuter. Et finalement, l’idée du jeu de cartes est arrivée totalement par hasard.
En février 2023, j’étais au ski à Chamonix avec des amis. Dans le chalet, il y avait un salon avec un feu de cheminée et des jeux de société. Après le ski, on s’est dit : et si on faisait un jeu de société ? Je regarde les jeux, et je me demande : il n’y aurait pas un jeu sur le ski ? Ça serait super… Mais je n’en vois aucun.

Je demande à mon frère, qui était là : on en a déjà vu, nous ? Il me répond non. Et là, une lumière s’allume : si ça n’existe pas, il faut l’inventer ! Créons un best-seller mondial, soyons fous !
C’est de là qu’est partie l’idée.

Jeu Après-ski - Ed Jumojeux
Jeu Après-ski – Ed Jumojeux

Julie Guénard : Lorsque l’on se lance, quelles ont été les premières étapes clés : business plan, étude de marché, international ?

Brice Girod :
Quand on a une idée, on regarde d’abord le marché. J’ai remarqué qu’il n’existait aucun jeu de société sur le ski. Donc déjà, j’étais seul sur ce marché. Ensuite, j’ai étudié les chiffres, et j’ai découvert un marché en pleine explosion depuis la Covid, un marché qui ne connaît pas la crise.

Je pense que dans ces périodes difficiles, les gens ont besoin de se retrouver autour de moments conviviaux. Plus on va vers le digital, plus les gens ont besoin de s’en déconnecter, ce qui est essentiel pour la santé mentale. Une étude sortie en août montre d’ailleurs que jouer à des jeux de société est très bénéfique pour la santé mentale, notamment chez les enfants – qui ont besoin d’être déconnectés et de retrouver de l’attention.

Donc je me dis : il y a un marché, il y a un besoin réel. Et cela correspond à mes valeurs : famille, amitié, convivialité.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2023, le marché mondial du jeu de société représente 12 milliards de dollars.
La France explose : traditionnellement, l’Allemagne était le premier consommateur européen. Mais depuis un an à un an et demi, la France est passée devant. Entre 2023 et 2024, le marché français a crû de +83 % et 90 000 jeux sont vendus chaque jour, soit un jeu de société acheté chaque seconde.

Je me suis : le marché est là, donc le business est possible, il faut que je me lance.

Évidemment, beaucoup de gens créent des jeux, mais peu réussissent. La France est le premier créateur mondial de jeux : sur les 3 500 jeux qui sortent chaque année dans le monde, 1 000 sont créés en France. Mais sur ces 1 000, une dizaine seulement trouveront réellement leur place. C’est donc un pari.

Je voulais être auteur, mais aussi éditeur. Généralement, un auteur cherche un éditeur, qui transforme l’idée en produit puis le commercialise. Et le Graal, c’est le distributeur, car moins de 1 % des jeux accèdent à la grande distribution (Fnac, Cultura, supermarchés…).
Je me suis dit : si je veux vivre de mon activité, je dois être auteur et éditeur. Et cette aventure entrepreneuriale me plaisait autant que la création.


Julie Guénard : Et sur la distribution et la communication ? Comment faites-vous connaître le jeu et la marque Jumojeux ?

Brice Girod :
On communique via la presse et les réseaux sociaux. On a eu beaucoup de presse locale – mon frère et moi sommes originaires de Franche-Comté – avec L’Est Républicain, France Bleu Besançon, etc.
On a eu moins de presse nationale car le jeu n’est pas encore suffisamment connu.

Sur les réseaux sociaux, nous avons un compte Instagram Jumojeux qui raconte l’aventure entrepreneuriale. Nous venons de créer un second compte dédié au jeu Après Ski, plus artistique, centré sur l’univers graphique.

Nous cherchons aussi des influenceurs et développons des collaborations. Nous avons notamment un très beau partenariat avec l’École du Ski Français (ESF), avec des communications prévues en janvier.

Et j’ai fait le choix de ne pas être sur TikTok : par cohérence avec mon message autour de la déconnexion numérique, et au regard des problématiques liées à cette plateforme pour les jeunes.


Julie Guénard : Comment faites-vous pour être distribués en points de vente physiques ?

Brice Girod :
Il existe trois grands canaux :

  1. Internet (site d’achat en ligne, Amazon).
  2. Les boutiques spécialisées en jeux de société, que l’on démarche.
  3. Le distributeur, qui peut nous placer en grande distribution.

J’ai choisi de ne pas créer un site marchand : c’est compliqué à gérer, et je voulais me concentrer sur Amazon. Je sais que tout le monde n’aime pas Amazon, mais c’est incontournable.
61 % des consommateurs européens cherchent un produit d’abord sur Amazon, contre seulement 39 % sur Google. Aux États-Unis, c’est 58 %.
J’ai donc créé un compte pro Amazon et mis les produits en ligne.

Je suis aujourd’hui présent dans près de 70 boutiques physiques en France : des boutiques de jeux, mais aussi dans des commerces en station : maisons de la presse, tabacs, boutiques de souvenirs…
J’ai fait énormément de démarchage, avec un taux de conversion d’environ 70 %.
Aujourd’hui, le jeu est présent dans 50 stations de ski, dans tous les massifs, et je continue à développer.


Julie Guénard : Prévoyez-vous de traduire le jeu pour l’international ?

Brice Girod :
Le jeu est déjà traduit en anglais. La version anglaise n’est pas encore sur Amazon, mais elle est disponible pour la clientèle étrangère en station, car dans certaines stations 50 % des clients sont étrangers (beaucoup d’Anglais, de Hollandais…).

Le but est évidemment d’aller à l’international notamment dans tous les pays du ski comme l’Allemagne, l’Autriche ou les pays nordique. Ensuite, si cela fonctionne, pourquoi pas les États-Unis, le Japon ou la Chine.
Le Japon a certains des plus beaux domaines skiables du monde et la Chine connaît une croissance exponentielle. Elle a dépassé la France en nombre de stations.
J’aimerais que mon jeu soit traduit dans toutes ces langues et présent dans tous ces pays. Cela passera par un distributeur. Aujourd’hui, j’en ai un qui m’a signé et nous avançons pas à pas, en espérant que cela fonctionne.

Julie Guénard : Est-ce que vous travaillez avec des prescripteurs comme des chalets, des hôtels, le Club Med ? Comment les approchez-vous ?

Brice Girod :
Oui, c’est une démarche que j’ai engagée. Certaines agences de location de chalets ont déjà intégré mon jeu dans leurs kits d’accueil. Je suis également en discussion avec plusieurs hôtels.
Avec le Club Med, nous avons commencé à échanger, d’autant plus que je vais sortir une version plage pour l’été, ce qui pourrait les intéresser. L’idée d’avoir une version hiver et une version été les séduit. Nous en sommes pour l’instant aux tout premiers contacts.

Je discute aussi avec un groupe de restauration qui possède des restaurants haut de gamme à la montagne et à la plage ; ils sont intéressés par un jeu très personnalisé. Nous explorons ensemble ce projet.

Nous visons donc tous ces prescripteurs naturels : chalets, hôtels, restaurants, et bien sûr l’École du Ski Français avec qui nous avons une belle collaboration.

Mais au-delà des prescripteurs du monde du ski, je vise aussi les entreprises, car j’ai la chance d’avoir un réseau B2B solide grâce à mon précédent métier chez Agora Managers. Je m’adresse donc notamment aux comités d’entreprise.

Un CE d’une grande entreprise du CAC 40 a d’ailleurs commandé beaucoup de jeux pour les offrir aux collaborateurs comme cadeau de Noël. On peut personnaliser la boîte : ajouter le logo de l’entreprise, adapter le design à ses couleurs, personnaliser le dos des cartes et même modifier légèrement certains contenus.
En revanche, ces personnalisations ne sont possibles qu’à partir de 500 exemplaires. Mon fabricant ne peut pas descendre en dessous, car plus les séries sont petites, plus les coûts deviennent astronomiques. En général, 500 exemplaires est vraiment le seuil minimal pour que le projet soit viable.


Julie Guénard : Quelle est votre vision pour les prochaines années, pour Jumojeux et pour votre vie d’entrepreneur ?

Brice Girod :
J’ai déjà une vision de développement de mes jeux jusqu’en 2030. L’an prochain sortira la version plage.

Comme je suis éditeur, je peux aussi publier des jeux qui ne sont pas les miens. Je travaille actuellement sur trois projets d’auteurs extérieurs, pour lesquels j’ai eu un véritable coup de cœur. Je les optimise afin de pouvoir présenter des prototypes solides à des distributeurs.

De mon côté, j’ai aussi deux autres jeux dans les cartons, prévus plutôt pour 2027. Il ne faut pas aller plus vite que la musique, notamment pour préserver la trésorerie.

Ma vision, c’est surtout mon souhait de rester dans ce milieu et d’en vivre durablement, car c’est vraiment un job de rêve. On apporte du bonheur aux gens, et cela procure des moments extraordinaires.
J’ai notamment vécu des instants très touchants avec des enfants : lors de festivals, certains m’ont pris dans les bras pour me dire merci après avoir joué à mon jeu. Ce sont des moments précieux, très émouvants, qui donnent du sens à ce que je fais.

Mon souhait profond, c’est donc de pouvoir poursuivre dans cette voie.

Propos recueillis par Julie Guénard, Directrice Pôle Juridique RH et Finance d’Agora Managers groupe

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