ASSISTANTES DE DIRIGEANTS

L’art oratoire en visio

A l’heure du confinement, du télétravail et des visios à toute heure, Stéphane André, Fondateur de L’Ecole de l’Art Oratoire et Thomas Roche, Professeur d’art oratoire nous donnent ici quelques précieux conseils pour construire dans votre communication présentielle mais digitale aussi, un personnage qui soit la juste traduction physique, vocale et intellectuelle de ce “rôle” de manager qui vous incombe.

  • 1 Quelles clés de l’art oratoire pour le digital ?
  • 2 Comment adapter sa posture et son oral à la webcam ?
  • 3 Comment capter et maintenir l’attention des participants en réunion en visio ?
  • 4 Comprendre les 3 règles de l’art oratoire, les adapter au digital et utiliser des techniques pour capter et maintenir l’attention de son auditoire en Visio.

EXTRAITS 

Stéphane André :
La question de la parole en public est devenue aujourd’hui une question stratégique. Ce n’était pas le cas il y a 10 ou 20 ans. Aujourd’hui, on se pose la question de savoir comment motiver les gens par l’oral.

Deux questions sous-jacentes à cette grande question de la parole en public. La première chez les orateurs spécialement européens, français par comparaison aux orateurs nord-américains : la première, c’est le trac : le trac est vraiment une donnée plus européenne que nord-américaine et ce trac déclenche de nombreux défauts d’expression ; la première consiste à s’exprimer un peu de manière peut-être un peu alambiquée à la Montebourg par exemple ou à la Michel Rocard, intellectuelle certes, mais sans trop de regard et en se coupant du public avec des mots parasites.

La deuxième tendance quand on fait des présentations par exemple, c’est l’abus de slides et la pratique du slide. Comme si le slide allait faire l’exposé à notre place. N’oubliez jamais qu’au théâtre, on peut très bien faire du théâtre avec un acteur sans décor mais qu’on ne peut pas travailler au théâtre avec un décor sans acteurs ! Or en tant qu’orateur, vous êtes l’acteur ; le slide n’est que le décor. Et trop souvent, on constate que des dirigeants ont une tendance à se réfugier sur le slide au point qu’ils ne font simplement que des commentaires sur un slide, ce que les publics n’affectionnent pas beaucoup. Donc, il faut remettre l’acteur ou l’orateur au centre du plateau et donner aux slides un peu moins d’importance.

Il y a trois lois que nous devons respecter lorsque nous parlons en public, et ces trois lois sont tirées du théâtre.

La première loi du contrat orateur-public, c’est ce que nous appelons le contrat de la rampe. Dans tous les théâtres du monde, vous avez toujours un trait magique qui sépare ceux qui parlent, de ceux qui vont écouter. Ce trait existe dans toutes les conventions entreprises, dans les réunions, table ronde, lorsque l’un prend la parole, une rampe le sépare des autres auditeurs et il se passe un contrat entre lui et les autres. Ce contrat de la rampe donne toute la charge à un orateur et tous les droits au public. Le contrat de la rampe en gros, c’est 100 % des charges à l’orateur, 0 % des charges au public….

Donc, comme le disait Louis Jouvet, notre maître à penser, qui a été un grand professeur d’art dramatique :
” il faut aimer le public, c’est-à-dire accepter de travailler avec lui, quel qu’il soit, même avec un public difficile.”

La deuxième loi importante, c’est le respect du masque ! Nous, par exemple, nous vous devons la construction d’un personnage d’enseignants d’art oratoire. Cet enseignant, ce personnage est plus grand que moi et c’est pour cela que nous parlons de masques par allusion à la Commedia dellarte ou au Moyen-Âge, on portait le masque d’Arlequin ou le masque de Pierrot…

La noble fonction d’enseignant est une fonction qui est beaucoup plus grande que la nôtre. Quand vous êtes dirigeant dans une entreprise, votre fonction est plus grande que vous. Il faut donc vous élever dans cette fonction. Il faut donc l’incarner et pour l’incarner, on passera évidemment par une technique du corps.

Si vous êtes directeur financier, il n’y a pas que votre compétence en finance. Vous devez penser le personnage comme un acteur entre dans son personnage. Il faut que vous ayez une conception claire, synthétique de votre rôle de directeur financier, comprendre la logique de pensée d’un DAF, au moment où vous allez parler en tant que directeur financier.

Enfin, la troisième loi contractuelle, c’est l’obligation scénique. Cette obligation scénique signifie qu’à un moment donné, il faut entrer en scène avec son propre corps. Et là, c’est le rôle de l’acteur !

Je permets à un auteur qui s’appelle Stéphane André – que je ne connais plus puisque je suis acteur maintenant, et qui a conçu ce cours d’art oratoire – de traverser mon corps pour atteindre le public que vous êtes. Un acteur, un orateur, c’est un vecteur !

Il faut théâtraliser votre expression ! Théâtraliser n’est pas faire l’histrion. Théâtraliser, c’est incarner, c’est rendre lisible une pensée et impacter un public pour longtemps… et c’est à partir du regard sur les autres que vous allez trouver votre verticalité, votre dos, votre leadership. C’est à partir du regard sur les autres que l’on se grandit. Ce qui veut dire que ce sont les autres qui vous grandissent… ce qui fait naître l’orateur, c’est le regard… Le regard amène le dos, le dos amène la voix (colonne d’air) et la voix amène du regard…C’est un cercle vertueux.

Thomas Roche : Maintenant, nous allons voir en digital comment se décline le contrat de la rampe, le respect du masque et l’obligation scénique :

Lorsque l’on devient adorateur face à un médium d’intermédiation digital, nous perdons nos repères et on a tendance aussi à perdre les règles des 3 lois…

La première des lois évoquée du contrat entre l’orateur et son public, c’est contrat de la rampe : et là, il devient impalpable, intangible, c’est la rampe qui disparaît en digital. De plus, outre ses qualités oratoires et du personnage qu’il doit se construire, l’orateur est en charge du spectacle au sens audiovisuel ; le cadre, la lumière, le son, tout cela est inclus dans le travail de l’orateur…

Donc, la première recommandation donnée par Stéphane s’applique également en digital. Considérez-vous comme sur une scène. Il faut théâtraliser, incarner et avoir la conscience de son rôle car c’est une conscience professionnelle, une déontologie on pourrait dire, que de prendre la parole en public…

La deuxième des lois évoquée par Stéphane, c’est ce fameux masque. Quand on est en télétravail, on vous imagine dans votre salon, entre d’un côté, votre salle à manger, de l’autre côté, votre frigidaire. Vous êtes dans un environnement qui est très personnel, qui vous renvoie à une quotidienneté, à une banalité qui ne nous aide pas, qui nous renvoie donc à notre personne, ce qui ne nous aide pas à construire un personnage crédible et efficace.

On va donc revenir à la technique pour le faire parce que, ce respect du masque, c’est une construction qui est intellectuelle, MENTALE et qui est physique avec le principe de l’incarnation.

Je prête mon corps face au médium interdigital pour passer la rampe, pour toucher le public puisque c’est l’objectif, de l’influencer, de le convaincre, de l’émouvoir et c’est le personnage qui le fait…

L’orateur doit avoir une conscience aiguë du rôle. Les questions à se poser c’est : qui parle à qui et pourquoi ? C’est une autre manière de définir le masque digital.

Il nous faut la conscience du rôle, de qui est l’émetteur ? Puis de ce qui nous anime ; on parlera alors d’intention au théâtre ou d’objectif en art oratoire. On a envie de faire réagir son public et dans le cas de décideurs, de faire prendre une décision à une direction ou à des exécutifs…

Donc, gardez bien à l’esprit cette idée du masque, construction mentale, intellectuelle, et construction physique. C’est notre recommandation pour produire le plus possible en présentiel ou en digital, un personnage, un masque crédible et efficace.

La troisième des lois est cette obligation scénique que l’on perd lorsqu’on est en digital. Il y a une étrangeté en digital : le public nous semble à la fois proche en visioconférence et puis, en même temps, si loin dans l’espace et peut-être même dans le temps si le programme est rediffusé…

On doit donc rentrer dans la scène digitale, physiquement. On mobilise son corps et on peut même parler de sport. Mobilisez votre énergie physique comme si vous étiez sur une scène comme si vous étiez en présentiel. Le digital crée des leurres, des faux amis puisque la caméra, l’écran, le micro, peuvent nous renvoyer à une sorte de simplicité, de quotidienneté, de banalités. Mais c’est vraiment à nous de nous mobiliser pour produire une présence plus radiante, plus forte, quel que soit le média, quel que soit même la sophistication du média utilisé, aussi puissant soit-il.

Pour éviter de s’affaisser physiquement sur son bureau, d’affaisser son leadership et de retrouver de la verticalité, éviter les ruptures du regard et de l’attention, afin que votre public se focalise sur vous.

Il y aura une précaution d’usage à prendre en premier : c’est de surélever votre ordinateur pour que l’oeil de la caméra que vous avez en face de vous, soit à la hauteur physique de votre oeil biologique. Ce qui vous permettra par un principe d’angle droit de muscler à la fois votre regard et votre dos.

Aussi, apprenez à regarder au-delà de la caméra, la traverser et à entrer dans ce nouvel espace.

Enfin, une dernière recommandation que l’on peut vous donner, c’est de travailler votre voix pour trouver votre voix (e) de travail en digital, qui est l’arme de conviction massive…

Pour aller plus loin ou prendre des cours : L’École de l’art oratoire.

L'équipe de l'Ecole de l'Art Oratoire

BIO :

Fondateur de L’Ecole de l’Art Oratoire, Professeur d’Art Oratoire et Directeur pédagogique, Stéphane André est diplômé de l’ESSEC, il a aussi une maîtrise en psychologie clinique et une belle expérience de metteur en scène au théâtre lyrique. Dévoué depuis plus de quarante ans à l’Art Oratoire, il est le créateur de la méthode enseignée dans nos formations, et fait évoluer notre technique avec les besoins de l’entreprise. Après avoir enseigné nos formations pendant toutes ces années, il se concentre aujourd’hui sur les prestations de haut niveau, le coaching individuel et les conférences. Il a publié le livre « Le secret des orateurs – politique, média et entreprise » édition 2008 (Stratégie) ainsi que « L’Art du Leadership » édition ESF – 2016.

Diplômé d’un DESS en droit des affaires – DJCE et de l’école du Barreau de Paris (EFB), Thomas Roche a exercé pendant 10 ans la profession d’avocat d’affaires dans un cabinet international (Clifford Chance). Sa passion pour les métiers d’acteur et d’auteur l’amène à changer de vie, en 2011.  Formé auprès de J-L Cochet et de Steeve Kalfa, il a joué pour le théâtre et la TV. En tant qu’auteur, il travaille à l’écriture de projets de fiction (scénarios, romans).

Extrait d’une série de conférences données aux différents clubs métiers d’Agora Managers (Agora DRH – Assistantes de Dirgeants, Directeurs financiers, Directeurs Achats, DSI) . (Février-mars 2021)

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