Stocker, gérer, sécuriser les données numériques pour assurer la victoire. Avec NetApp et Olivier Panis.
À l’ère où les données deviennent le carburant de l’innovation, comment les technologies de pointe transforment-elles des secteurs traditionnels comme le sport automobile ? Notre dernier dîner VIP a ainsi réuni Guillaume de Landtsheer, Directeur Général de NetApp France et Olivier Panis, ancien pilote de Formule 1 et dirigeant aujourd’hui de Panis Racing, une équipe de course d’endurance automobile.
Une rencontre qui explore les avancées technologiques permettant d’optimiser les performances en temps réel. Entre solutions cloud, analyse prédictive et cybersécurité, cette discussion met en lumière les défis technologiques auxquels sont confrontés les DSI.
NetApp est une entreprise d’infrastructure de données intelligente qui fournit un stockage de données unifié, des services de données intégrés et des solutions d’opérations cloud à des clients d’entreprises. Avec plus de 10 000 employés à travers le monde, NetApp est selon IDC, le troisième acteur mondial et le deuxième en France sur ce marché.
L’ADN de NetApp
Jérôme Papin : Guillaume, avant d’entrer dans le vif du sujet, pouvez-vous nous expliquer ce qui fait l’essence de NetApp ?
Guillaume de Landtsheer : Avant de parler de NetApp, il est essentiel de comprendre l’évolution du volume de données. Entre 2018 et 2020, le monde a généré autant de données que durant les 23 années précédentes. En 2020, 20 zettabytes de données ont été produites, et d’ici 2025, ce chiffre atteindra 175 zettabytes, pour culminer à 1000 zettabytes en 2030. La croissance est exponentielle.
NetApp, c’est avant tout un spécialiste du stockage et de la gestion de ces données massives. Nous concevons des infrastructures permettant d’héberger, de protéger et d’optimiser l’utilisation de ces informations. Nos clients sont des banques, des laboratoires pharmaceutiques, des gouvernements et de nombreuses entreprises qui ont besoin de solutions fiables et performantes pour gérer leurs actifs numériques.
Stocker, c’est une chose. Mais s’assurer que ces données soient accessibles, bien organisées, réplicables pour des sauvegardes, et exploitables pour des applications hautement performantes, c’est là que réside notre valeur ajoutée.
Jérôme Papin : Replongeons-nous un instant dans les paddocks des années 90. Comment gérait-on les informations sans toutes ces technologies que Guillaume nous décrit ?
Olivier Panis : À l’époque, tout se faisait à la main. On avait de gros cahiers dans lesquels étaient consignées toutes les données de l’année précédente : réglages, conditions météo, stratégies qui avaient marché ou échoué. Les ingénieurs prenaient des notes, analysaient et programmaient les essais sur papier.
Aujourd’hui, c’est une révolution. Un pilote peut avoir accès instantanément à toutes les données précédentes : vidéos, comparaisons de performances entre pilotes, historiques de setup, prévisions météo. C’est un autre monde.
NetApp dans la compétition automobile
Jérôme Papin : Comment NetApp collabore-t-elle avec des écuries comme Porsche en Formule E, Ducatti en moto ou Aston Martin en Formule 1 ?
Guillaume de Landtsheer : Prenons l’exemple de Porsche en endurance. Dans les années 90, chaque équipe disposait de mini-data centers sur site pour traiter les informations. Aujourd’hui, la gestion des données va bien plus loin.
Les capteurs des voitures captent des milliers de paramètres en temps réel : températures, pressions, consommation énergétique, usure des pneus… Ces données sont instantanément transmises en Allemagne où elles sont archivées et analysées pour créer un jumeau numérique pour rejouer la course, voir quels paramètres aurait pu être modifiés pour optimiser tout ça. Et un deuxième flux qui repart pour que des data scientists et des ingénieurs travaillent sur sur la modification de la voiture en temps réel pour permettre d’optimiser la stratégie et les performances en temps réel. Microsoft se repose sur NetApp pour gérer ces sujets-là et qui permettent finalement à Porsche en formule électrique d’être bon.
Un autre exemple emblématique est le FanBoost en Formule E : en fonction de l’activité des réseaux sociaux, un pilote peut recevoir un surplus de puissance de 20 % pendant une minute. Tout cela repose sur un traitement de données massif et instantané. Les calculs sont tout simplement incroyables : le volume de données généré sur une saison de Formule Électrique atteint quatorze térabits, soit l’équivalent de 116 millions de livres lus.
Optimisation et rationalisation des data centers
Jérôme Papin : Olivier, imagineriez-vous une collaboration entre Panis Racing et NetApp ?
Olivier Panis : Ce serait un rêve ! Aujourd’hui, nous sommes une petite équipe d’une quarantaine de personnes et nous avons accumulé d’innombrables bases de données. Avoir une solution qui nous permettrait de centraliser ces informations, de les analyser et d’accéder à des prédictions en temps réel serait un atout majeur.
Guillaume de Landtsheer : C’est tout à fait envisageable. NetApp propose des solutions qui s’intègrent avec des services cloud comme AWS, permettant d’entraîner des modèles d’IA pour détecter des tendances et optimiser les performances.
La sécurité des données : un enjeu majeur
Jérôme Papin : Dans un monde où la cyber-sécurité est une priorité, comment NetApp assure-t-elle la protection des données sensibles ?
Guillaume de Landtsheer : La règle de base en cybersécurité, c’est le principe du 3-2-1 : trois copies des données, sur deux supports différents, avec une sauvegarde distante. Nos solutions garantissent une redondance et une protection maximale contre les cyberattaques ou les catastrophes matérielles.
Olivier Panis : C’est fascinant, mais je reste attaché à l’importance des relations humaines. Dans mon équipe, j’interdis aux ingénieurs d’envoyer des réglages par ordinateur aux mécaniciens s’ils sont à dix mètres l’un de l’autre. Ils doivent se parler directement, en personne. La technologie est un outil formidable, mais on perd en échanges humains.
Cependant, je suis très positif sur ces avancées technologiques. Ce que Guillaume et ses équipes font permet d’accéder à l’information plus rapidement et d’améliorer la performance, ce qui est une vraie valeur ajoutée.
Et en termes de confidentialité, comment cela se passe-t-il chez NetApp?
Guillaume de Landtsheer : Nos machines sont principalement achetées par Microsoft dans le cadre du projet Porsche et sont opérées par Microsoft. C’est donc leur contrat de service et leur politique de sécurité qui s’appliquent.
Concernant la gestion de l’informatique, nous avons une offre solide, notamment dans le stockage, avec différentes couches adaptées aux besoins des directeurs informatiques qui nous écoutent. Il existe plusieurs types de stockage : NAS et stockage sous forme de fichiers, SAN, qui fonctionne avec un protocole spécifique, et enfin le stockage objet, qui est encore différent.
Ensuite, il y a les solutions opérées par des géants comme Google, Microsoft, et Amazon. La force de NetApp, c’est d’être présent sur tous ces segments. Le stockage capacitif permet d’archiver une grande quantité de données à moindre coût, utile par exemple pour les réglementations bancaires nécessitant une conservation sur dix ans. À l’inverse, pour un traitement en temps réel, comme lors d’une course, il faut des machines ultra-performantes équipées de disques flash.
Nous nous adaptons aux besoins spécifiques des prestataires informatiques et garantissons des environnements totalement sécurisés. Nous collaborons également avec le gouvernement français sur des projets classifiés, en respectant les normes de sécurité les plus strictes.
Jérôme Papin : Sécuriser les données numériques, n’est-ce pas l’enjeu principal aujourd’hui ?
Guillaume de Landtsheer : C’est un enjeu fondamental. La priorité est d’avoir accès à la bonne donnée au bon moment pour l’exploiter intelligemment. L’IA, par exemple, repose sur la disponibilité de données pertinentes dans des conditions adaptées aux applications.
La sécurité est évidemment essentielle. Les banques et de nombreuses entreprises appliquent la règle du 3-2-1, en répliquant leurs données en temps réel sur deux datacenters en mode actif-actif. En cas d’incident majeur, les données restent accessibles.
En matière de sécurité, la première faille, c’est l’humain. La confiance est essentielle lorsqu’on parle de cloud souverain ou de protection des données. Il faut des technologies robustes, mais aussi des personnes qui réfléchissent aux usages et aux bonnes pratiques.
L’objectif de la technologie est de nous faciliter la vie. Dans un cadre comme la Formule 1, la Formule E ou le MotoGP, l’enjeu est d’optimiser les performances des véhicules, de mieux comprendre les phénomènes mécaniques et d’anticiper les pannes. Finalement, la technologie rend l’humain plus intelligent et plus performant.
En cybersécurité, il faut des barrières de protection comme en aéronautique, avec plusieurs niveaux de filtrage pour détecter les failles. Malheureusement, comme dans les accidents, certaines failles passent à travers, d’où la nécessité d’une vigilance constante.
Olivier Panis : C’est aussi une question de génération. Mon époque n’avait pas ces outils, alors que les jeunes d’aujourd’hui évoluent très vite avec les smartphones, les ordinateurs et les tablettes. Parfois, cela me dépasse ! Mais je reconnais que ces technologies sont indispensables pour faire progresser mon équipe et préparer les talents de demain.
Jérôme Papin : Jusqu’où NetApp peut-il aller dans cette évolution exponentielle ?
Guillaume de Landtsheer : Les enjeux sociétaux, notamment liés au développement durable, sont cruciaux. L’innovation dans l’automobile et le sport joue un rôle clé. Certes, l’automobile n’est pas perçue comme un secteur écologique, mais elle a historiquement été un moteur d’innovations majeures, comme les freins à disque ou les phares longue portée développés pour les 24 Heures du Mans.
D’un point de vue numérique, la consommation énergétique des data centers est un défi majeur. En 2025, on estime qu’ils représenteront 2 à 3 % de la consommation énergétique mondiale, et cela pourrait grimper à 7 à 8 % d’ici 2030. L’objectif est donc d’optimiser l’utilisation des ressources informatiques.
Nous travaillons sur plusieurs axes : optimisation des infrastructures, réduction de la consommation énergétique et innovations dans le refroidissement des data centers. Dans ce secteur, trois dimensions sont essentielles : le réseau (géré par les opérateurs télécoms et les fabricants de switchs comme Cisco), le stockage (où NetApp est un acteur clé) et la puissance de calcul des serveurs.
Aujourd’hui, notre technologie est présente dans une grande majorité des entreprises, des multinationales aux PME. Nous avons des solutions adaptées à toutes les tailles d’organisation, toujours dans une logique de performance et d’optimisation des ressources.
Propos recueillis par Jérôme Papin, Journaliste Agora Managers Groupe









