La représentation de l’amour à travers les siècles
Historienne de l’art, artiste plasticienne et professeure en khâgne au lycée Montaigne de Bordeaux, Corinne Szabo revient sur les grandes lignes de la conférence donnée lors du rendez-vous de l’Agora des directeurs juridiques. Son thème : « La représentation de l’amour à travers les siècles ».
Des mythes antiques aux chefs-d’œuvre romantiques, en passant par les créations contemporaines, elle montre comment l’art, loin de se cantonner aux musées, peut aussi inspirer et enrichir le monde de l’entreprise.
Corinne Szabo revendique une vocation : transmettre la passion de l’art. Conférencière régulière dans de grands musées comme auprès d’entreprises, elle voit dans ses interventions un double objectif : offrir un moment d’évasion et enrichir la culture visuelle et philosophique de son auditoire. Pour elle, une œuvre d’art, qu’elle soit antique, médiévale, classique ou contemporaine, est toujours le reflet du climat idéologique et sociopolitique de son époque : Les œuvres d’art portent en elles jusqu’à nous des idées, une culture commune, une mémoire collective qui explique nos habitus et nos façons de penser.
Introduire l’art dans l’entreprise, insiste-t-elle, permet de rompre avec la pression quotidienne, de respirer, de rêver et de découvrir des formes artistiques multiples – peinture, sculpture, photographie, cinéma, danse, opéra… – qui ouvrent d’autres perspectives sur le monde.
Faire une conférence sur l’amour permet également d’étudier la place de la famille à travers les époques, le rôle du mariage, le statut de la femme, ainsi que le consentement entre époux. Cela aide à identifier des significations que nous aurions pu perdre et qui nous permettent d’expliquer notre vie aujourd’hui.
Sa conférence s’articule autour de deux axes. Le premier, l’amour platonique, s’inspire du mythe d’Aristophane dans Le Banquet de Platon : chaque être humain est à la recherche de son âme sœur, cette moitié perdue à l’origine des temps. Une quête absolue de notre double, de notre miroir.
Un amour platonique que l’on va retrouver par exemple dans des œuvres classiques dans la sculpture Amour et Psyché d’Antonio Canova : c’est un marbre complètement lisse, dans des formes très géométrisées, un amour pur, juvénile et complètement parfait entre deux êtres.
On retrouvera cet amour parfait aussi dans l’art contemporain, sous d’autres formes, comme dans les photographies de Felix González-Torres, qui évoquent la présence et l’absence de l’être aimé disparu, un lit vide avec des draps froissés et des creux dans l’oreiller : c’est le lit en fait, du couple qu’il forme avec un garçon et qu’il vient de perdre du sida. Il a capturé la dernière image. Finalement, une mémoire, comme un moulage de l’être disparu. Et ça crée une image parfaite, très intime, qu’il va pourtant faire circuler dans l’espace public.
Le second axe, l’amour tragique, plonge dans le romantisme et ses passions fatales, avec notamment le tableau d’Ary Scheffer représentant Paolo et Francesca, amants adultères tués par le mari jaloux et condamnés à errer dans les enfers, ou encore des extraits d’opéra qui relève aussi de cette tragique histoire de Paolo et Francesca. Le romantisme est très friand de cet amour tragique.
Pour Corinne Szabo, l’art ne se contente pas de représenter l’amour : il le rend visible, lui donne corps et mémoire, et continue de faire vibrer ceux qui le contemplent, quels que soient les siècles qui les séparent.
Dans ce début d’été caniculaire, cette plongée dans les œuvres et les histoires d’amour à travers les âges fut un véritable souffle de fraîcheur, une parenthèse sensible et inspirante qui a offert au public un moment hors du temps.
Pour toute demande de collaboration ou pour organiser une conférence : Corinne Szabo : 0663523209 – coco.szabo@orange.fr
LA BIO
Historienne de l’art et plasticienne, Corinne Szabo développe une réflexion sur les « représentations » archaïques et collectives du monde : les « images » de la nature, de la sexualité ou de la beauté véhiculées par l’art et la science. Fondés sur les récits issus de l’histoire de l’art, de la philosophie ou des sciences, les œuvres créées ou les conférences partagées mettent à distance les processus de construction des héritages et des valeurs culturelles. Corinne Szabo est née en 1970 à Bergerac, elle vit et travaille entre Bordeaux et Issigeac en Dordogne. Agrégée d’Arts plastiques puis doctorante en Sciences de l’art sur Les réminiscences des images et des théories à travers les siècles, elle obtient en 2010 un poste de professeure d’Histoire des arts dans la khâgne du lycée Montaigne de Bordeaux.





