DRH - DÉVELOPPEMENT RH

Quelle vision de l’apprentissage pour les 5 ans à venir ?

FNADIR

Retex de Manuèle Lemaire, Directrice de l’Alternance et de l’Insertion chez Veolia France et de Pascal Picault, Directeur chez Formaposte Île-de-France nord-est et président de l’Agora du développement RH.

Ils sont respectivement Vice-présidente et Président de la FNADIR*, un réseau national de plus de 500 directeurs et directrices de CFA qui forment plus de 600 000 apprentis à tous les métiers, de tous niveaux, sur tout le territoire.

C’est avec cette double casquette qu’ils viennent porter une parole d’expert et donner une vision de l’apprentissage pour les années à venir.

L’apprentissage est désormais confirmé comme une filière d’avenir à part entière. La loi du 5 septembre 2018 a simplifié la structure juridique des établissements dispensant des formations en apprentissage, ouvrant ainsi la voie à un marché libéralisé.

Elle assouplit par ailleurs le dispositif de formation en apprentissage pour le rendre plus efficient, plus transparent et plus sécurisant pour les jeunes et pour les entreprises.

Si la Fnadir salue les grandes avancées permises par la réforme, elle indique ici les points de vigilance à prendre en compte et propose quelques recommandations pour, à l’avenir, en renforcer l’efficacité.

Extraits…

Depuis 2018, explique Pascal Picault, nous sommes passés de 350 000 apprentis à 750 000 – et on vise le million à 2027 et peut-être avant. Et de moins de 1 000 CFA en 2018, on est à près 3 000 CFA aujourd’hui en France.

Il est désormais possible continue Manuèle Lemaire, de conclure un contrat d’apprentissage jusqu’à l’âge de 29 ans révolus, contre 25 ans, antérieurement. La loi a donné plus d’autonomie aux entreprises d’ouvrir des formations, de créer leur CFA et faire évoluer leur offre de formation en fonction de l’évolution de leur métier.

Je dirige le CFA d’entreprise du groupe Veolia et nous sommes en train de faire évoluer les référentiels de diplôme pour créer des certifications qui permettent d’aller beaucoup plus vite dans le développement des compétences et l’accompagnement de l’évolution des métiers. 

A chaque fois que l’on signe un contrat d’apprentissage, on nous verse un forfait défini par les branches professionnelles et validé par France Compétences. Alors il y a encore quelques bizarreries que la FNADIR remonte à France compétences. Par exemple, pour un BTS Maintenance industriel, on peut avoir des apprentis qui sont rattachés à différentes branches professionnelles et du coup, le CFA ne reçoit pas le même coût contrat. 

Ainsi, pour Pascal Picault, l’État doit peut-être réguler et fixer des niveaux de prise en charge pour certaines branches professionnelles moins capées, moins équipées que d’autres… 

Quelle stratégie pour un apprentissage pérenne ?

Pour la Fnadir, le financement du système doit être envisagé sur le long terme en tenant compte de la valeur ajoutée de l’apprentissage.

Pascal Picault ; Certes, on n’a jamais eu autant d’apprentis ; mais si on a eu la quantité dans un premier quinquennat, il faut dans le second, la qualité : Il va falloir réguler et surtout le rendre encore plus fluide et plus agile pour répondre aux besoins de compétences des entreprises. 2030 doit être un marqueur pour nous ! La pénurie de certains métiers a déjà commencé et si on ne fait rien et il y en aura également sur les métiers qu’on ne connaît pas encore.

Il faut donner plus d’autonomie encore aux entreprises pour pouvoir construire en réponse tout en garantissant que l’on est dans l’éducation et ça, c’est quelque chose que nous portons fortement à la FNADIR, faire à la fois de l’insertion professionnelle et de l’éducation. Et là, l’entreprise a un rôle à jouer, que ce soit dans la formation et l’accompagnement des maîtres d’apprentissage, et dans l’accompagnement et l’accueil des apprentis…

Concurrence entre CFA et lycées professionnels

Pascal Picault : Par ailleurs, la FNADIR suit avec intérêt et inquiétude la réforme des lycées professionnels qui propose l’augmentation de 50 % des temps de stage pour les lycéens en entreprise. C’est quasiment un contrat de travail pris en charge par l’État qui va payer l’indemnité de stage et donc l’entreprise va pouvoir avoir le choix d’une prise en charge ou pas. Cette réforme doit se faire avec nous, sinon cela va créer des concurrences et des malentendus.

[ la concurrence entre CFA et lycées professionnels est la raison essentielle de la trop faible proportion de jeunes en formation professionnelle initiale de niveau bac et infra bac qui passent par l’apprentissage. Institut Montaigne : Quinquennat Macron : le grand décryptage Formation professionnelle ].

Pascal Picault : Il se pose également aujourd’hui la question de l’infra-bac (diplômes inférieurs au baccalauréat). Le développement de l’apprentissage de ces 20 dernières années a été porté par le supérieur, BTS, licence, master. Et aujourd’hui se pose le vrai sujet des emplois de premier niveau. On l’a bien vu pendant la pandémie.

Voilà pourquoi cette réforme des lycées professionnels nous inquiète parce que l’on a un peu l’impression que l’infra-bac va être géré avec les lycées professionnels, qu’ils vont porter cette nouvelle forme d’alternance et puis sans doute l’apprentissage.

La Fnadir aimerait que cela ne passe pas que par l’Éducation nationale. On n’oppose pas les voies, mais nous sommes des partenaires historiques de ces parcours.

GPEC, une politique d’apprentissage

Manuèle Lemaire : Une entreprise a une GPEC (gestion prévisionnelle des emplois et des compétences). Elle doit anticiper l’évolution de ses métiers, regarder son turnover, sa pyramide des âges et en fonction de cela, construire sa politique d’apprentissage. Mais elle travaille aujourd’hui avec une génération plus exigeante, qui n’a pas comme seul critère le salaire ou qui va se vendre au plus offrant à la fin de son apprentissage.

Cela fait 30 ans que je travaille dans l’apprentissage et à l’époque, beaucoup d’apprentis signaient leur contrat avec l’entreprise d’accueil. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. J’en n’ai moins de 40%.

Donc je crois qu’il y a une vraie réflexion à avoir au niveau des entreprises : comment développer une culture d’entreprise, donner les évolutions du métier dans l’entreprise, donner les valeurs de l’entreprise parce que l’on sait aussi que c’est une génération très attachée aux valeurs de l’entreprise. Tout cela se prépare pendant les périodes d’apprentissage…

Le CFA, vecteur d’inclusion

Pascal Picault ; Il faut également soutenir la capacité à faire de l’inclusion dans l’apprentissage ; il y a encore un déficit des personnes en situation de handicap et on n’est pas encore très bon. 

Et quand on parle inclusion, c’est aussi l’inclusion d’un million de jeunes que l’on appelle les NEET : ni en étude, ni en emploi, ni en formation. L’apprentissage doit être cet ascenseur social pour de vrai, c’est-à-dire que l’on doit vraiment aller les chercher, les intégrer et là aussi, on peut peut-être aider le CFA d’entreprise afin que l’on retrouve aussi cette capacité à pouvoir dérouler des études complètes jusqu’au supérieur…

Manuèle Lemaire : Nous souhaitons que l’apprentissage soit choisi par le jeune alors que l’orientation est parfois un peu arbitraire et surtout que nos formations en apprentissage soient proposées systématiquement à des jeunes qui sortent de troisième et sur Parcoursup aussi. Il faut valoriser ce contrat de travail qui est le premier pied dans l’entreprise et qui doit vraiment aider ces jeunes à acquérir une maturité professionnelle. Ce qui n’est pas le cas d’un stage…

Le retour de l’apprentissage dans le giron des Régions

Pascal Picault ; A l’avenir, on pense que les Régions vont reprendre l’orientation au-delà de l’information. On parle d’Agence régionale de l’orientation et on veut que la Fnadir en fasse partie… 

Interview réalisée par Julien Merali, General Manager du Pôle IT d’Agora Managers Groupe.

La FNADIRFédération NAtionale des DIRecteurs de Centres de Formation d’Apprentis – a été créée en 1985. C’est un réseau national de plus de 500 directeurs et directrices de CFA.

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