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Être le patron de soi-même tout en décuplant ses ressources psychologiques

À l’occasion de l’Agora des Directeurs Financiers, Julie Guénard a échangé avec Erick Boitel, docteur en psychologie de la performance et professeur Ph.D., autour d’un sujet passionnant : comment mobiliser pleinement ses ressources mentales pour gagner en performance dans un environnement incertain et sous pression constante.

La psychologie humaniste, née dans les années 1950, a été une réponse aux approches plus déterministes de la psychologie, comme le comportementalisme et la psychanalyse. Elle s’intéresse à la personne dans sa globalité, valorisant la subjectivité, l’autodétermination et le potentiel de croissance de chaque individu. 

Cela peut influencer la manière dont les entreprises gère leurs ressources humaines pour améliorer la performance. Erick Boitel

Julie Guénard : Pouvez-vous nous raconter votre parcours et ce qui vous a mené à devenir docteur en psychologie de la performance ?

Erick Boitel :
Je suis célibataire, j’ai 50 ans. Mon histoire, c’est une aventure. Au départ, un de mes oncles faisait partie du Paris-Dakar. Cela m’a plongé très tôt dans cet univers, avec une forte activité autour des méharées dans le désert. C’est d’ailleurs par ce biais que j’ai commencé à m’intéresser à la psychologie du sport.

Ensuite, j’ai travaillé une dizaine d’années auprès de chirurgiens, notamment dans le cadre de premières mondiales et d’interventions robotisées très complexes. Cette expérience m’a inspiré à approfondir mes connaissances dans le domaine.

J’ai donc suivi des formations en France – notamment un DU en psychologie du sport et en psychologie positive – puis j’ai complété mon parcours aux États-Unis, où je me suis spécialisé dans les ressources psychologiques et les habiletés mentales. (Conférencier – Phd, Philosophiae in Performance Psycholgy, Harvard certificate in Positive Psychology. DU Psy du Sport. DU Psy Positive).


Julie Guénard : Dans l’entreprise, la performance individuelle et collective est essentielle. Comment définiriez-vous la performance durable ?

Erick Boitel :
On peut approcher la performance de différentes manières. Pour nous, elle correspond à ce que l’humain peut produire comme résultat. Si on observe la distribution statistique de la performance, elle est gaussienne : une minorité échoue complètement, la majorité se situe dans la moyenne, et une minorité excelle.

La performance, pour nous, c’est atteindre ce fameux quartile supérieur – soit environ 13,5 % des meilleurs résultats. Mais la vraie question, c’est celle de la durabilité.

Trop souvent, on associe performance à épuisement. On donne tout… puis on s’effondre. Ce modèle est court-termiste.
La performance durable, c’est tout l’inverse : c’est l’efficience de la ressource. Les meilleurs systèmes sont ceux qui permettent à l’individu de se régénérer après l’effort, voire même de se renforcer. C’est une approche incrémentielle.


Julie Guénard : Les directeurs financiers sont exposés à une forte dose de stress et d’incertitude. Comment transformer ces facteurs en leviers de performance ?

Erick Boitel :
Le stress, par nature, est un accélérateur. Il est même prévu pour ça, physiologiquement.
Il existe une zone de stress optimal – c’est ce que montre la courbe de Yerkes-Dodson. Avant cette zone, on est en hypo-stress : trop peu stimulé, la performance est faible. Après cette zone, on est en hyper-stress : on perd ses moyens.

Dans cette courbe en cloche inversée, le but est de rester dans la zone optimale. Le stress devient alors moteur. La clé est de savoir le réguler, de naviguer entre hypo et hyper stress.

Parmi les techniques efficaces, la respiration cardiaque est l’une des plus simples et rapides à mettre en place. Il suffit parfois de bien respirer pour ajuster son niveau de stress et retrouver sa zone optimale.


Julie Guénard : Et pour l’incertitude, comment y faire face ?

Erick Boitel :
L’incertitude génère de l’anxiété. Il y a deux cas de figure :

  1. L’anxiété avérée : le problème est réel (fin d’un produit, d’un marché…). Il faut alors développer une largeur cognitive : plus vous êtes capables de générer des solutions alternatives, plus l’anxiété baisse. Avoir 4, 5, 6 options face à un problème, c’est du pouvoir d’action.
  2. L’anxiété non avérée : c’est l’anxiété de fond, celle d’un esprit anxieux qui anticipe le pire, sans preuve. Ici, on est dans l’overthinking. Dans ce cas, les techniques de pleine conscience, comme la mindfulness ou la cohérence cardiaque, sont fondamentales.

Julie Guénard : Peut-on prévenir ces états ?

Erick Boitel :
Oui, absolument. Les techniques de respiration, de visualisation ou de méditation sont très efficaces à moyen et long terme. Pratiquées régulièrement, elles jouent un rôle de buffer effect, c’est-à-dire de protection face au stress ou à l’anxiété.
C’est comme un entraînement : au quotidien, elles renforcent nos capacités psychologiques.


Julie Guénard : Avez-vous un exemple concret de transformation réussie grâce à ces méthodes ?

Erick Boitel :
Oui, nous avons suivi plus de 600 chefs d’entreprise ces dix dernières années. La clé, c’est la régularité. Ceux qui progressent sont ceux qui pratiquent tous les jours. Même cinq minutes par jour suffisent, mais il faut de la discipline, plus que de la motivation.

Comme pour le sport ou l’alimentation, c’est l’effet cumulé qui transforme.


Julie Guénard : Avez-vous repéré des erreurs récurrentes chez les dirigeants ?

Erick Boitel :
Oui, elles sont souvent de trois ordres : psychologiques, physiologiques et relationnelles.

  • Psychologiques : un manque de causalité interne – par exemple, penser que ses échecs viennent des autres, et ses réussites de soi. Il faut retrouver un équilibre.
  • Physiologiques : le sommeil est souvent négligé. Or, un bon sommeil, c’est une journée optimisée. Diminuer le sommeil, c’est une erreur de fond.
  • Relationnelles : je recommande une franchise radicale, c’est-à-dire un discours direct, bienveillant mais clair. “Je prends soin de toi et je te dis les choses.”

Julie Guénard : Si vous ne deviez retenir qu’une seule chose pour améliorer sa performance ?

Erick Boitel :
Je choisirais un concept psychologique : la théorie de l’espoir. C’est le Will Power : être content d’y aller, ressentir une motivation positive, et surtout, disposer de plusieurs solutions possibles face à un problème.

Cela génère un sentiment d’autonomie : je fais mes propres choix. Même dans un grand système, j’ai une marge de manœuvre. Et ça, c’est extrêmement puissant.


Julie Guénard : Ça permet de clarifier sa pensée.

Erick Boitel :
Exactement. La pensée devient plus fluide quand on a le sentiment d’être à l’origine de ses décisions. Trop souvent, on se perçoit comme un simple maillon. Pourtant, chacun possède un espace de liberté – encore faut-il oser l’exploiter. Et pour cela, il faut être compétent, formé, entraîné.

Propos recueillis par Julie Guénard, Général Manager de l’Agora des Directeurs Financiers.

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