SÉCURITÉ - SÛRETÉ

ITER, présentation d’un projet hors normes et ses enjeux sécurité

Retex de Christophe RAMU, Directeur Santé, Sécurité, Sûreté, d’ITER ORGANIZATION sur l’une des aventures scientifiques les plus ambitieuses de notre temps mais aussi sur l’organisation de la sécurité du site, notamment en temps de guerre.

En France, dans le département des Bouches-du-Rhône, 35 pays* se sont engagés dans la construction du plus grand tokamak* jamais conçu, une machine qui doit démontrer que la fusion — l’énergie du Soleil et des étoiles — peut être utilisée comme source d’énergie à grande échelle, non émettrice de CO2, pour produire de l’électricité.

La technologie

Iter, cela veut dire le chemin en latin, explique Christophe RAMU. Donc le projet Iter est bien le chemin vers une nouvelle énergie qui présentera des avantages par rapport à la technologie actuelle de la fission.

La fission, c’est une technologie qui va casser des noyaux lourds de matière radioactive pour en faire des noyaux plus légers et libérer de l’énergie. La fusion, c’est tout à fait l’inverse. C’est reproduire ce qui se passe à la surface du soleil. C’est faire agglomérer deux noyaux légers afin d’avoir une libération d’énergie beaucoup plus importante.

La température à l’intérieur du tokamak ITER sera de 150 millions de degrés, soit dix fois celle qui règne au cœur du Soleil…

La sécurité : un site de 180 hectares avec 1 000 personnes employées par l’organisation, 500 sous-traitants et 200 personnes avec le statut « d’associés.

Concernant la sécurité, l’article 14 dit que l’organisation internationale doit respecter la réglementation française sur tout ce qui est santé-sécurité, le premier domaine dont je m’occupe, dans tout ce qui est processus licensing sécurité nucléaire, protection de l’environnement et lutte contre les actes de malveillance.

Ce qui fait que le droit français s’impose à Iter sur la santé sécurité et la lutte contre les actes malveillants. On a un fort travail d’explication des règles et règlements en vigueur pour l’ensemble de nos partenaires et il n’y a pas de problème vis-à-vis du niveau de sécurité exigé pour le projet.

La complexité de ce projet est qu’il s’étale très longtemps dans le temps – premier coup de pioche 2007 – accueil des matières nucléaires aux alentours de 2030 – plasma de deutérium tritium aux alentours de 2035 – donc on a défini l’objectif final du niveau de sécurité attendu pour l’accueil et la protection de matières nucléaires et quels sont les jalons que l’on devait respecter.

C’est-à-dire que l’on ne doit pas mettre en place des éléments de sécurité trop tôt au risque qu’ils deviennent obsolètes. Donc on a mis en place une approche graduée de contrôle d’accès, caméras et tout ce qui est moyen techniques. Et sur les moyens organisationnels, on fait une montée en compétence.

Aujourd’hui, on a une société de sécurité privée qui assurent la sécurité du site Iter. Nous n’avons pas aujourd’hui d’agents en arme parce que l’on n’a pas de matières nucléaires à protéger. C’est quelque chose que l’on envisagera lorsque l’on accueillera la matière.

Dans le continuum, on a un fort travail de veille, de liaison et de collaboration avec les autorités compétentes, gendarmerie ou police.

Sur le plan international et de la guerre en Ukraine, nous sommes très vigilants vis-à-vis de la Russie mais également des autres partenaires. On a dans notre calendrier ces nouvelles données d’entrées qui viennent s’agglomérer aux données Covid. Donc on est en train d’estimer qu’elle pourrait être le retard vis-à-vis de la situation actuelle.

Malgré tout, la technologie du projet Iter est née au plus fort la Guerre Froide et c’est le seul domaine des fusions dans lequel les Etats-Unis et la Russie (URSS) continuaient à collaborer. Parce que les technologies mises en oeuvre à Iter n’auront aucune application militaire. Iter a traversé de nombreuses crises avec d’autres pays impliqués dans le projet et on a réussi à passer outre ces crises-là.

Il y a une vraie identité Iter autour du projet et ça, c’est assez particulier à voir. On a une centaine de collaborateurs Russes et Ukrainiens et nous n’avons pas de tension comme on peut le voir sur la scène internationale.

  • * Les membres d’ITER : la Chinel’Union européenne, l’Indele Japonla Coréela Russie et les États-Unis.
  • * Le terme de tokamak est l’acronyme des termes russes « toroïdalnaïa kameras magnitnymi katushkami », que l’on peut traduire par « chambre toroïdale avec bobines magnétiques »

Propos recueillis par Alexandre Carré, Directeur de la rédaction d’News Sécurité – Agora Médias.

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L’Agora des Directeurs de la Sécurité est l’une des 17 communautés d’Agora Managers. Basé en Ile-de-France, le Club Agora des Directeurs de la Sécurité Paris est l'un des 10 clubs de cette communauté. Tous les membres exercent obligatoirement ladite fonction et sont issus d’un groupe ou d’une entreprise de plus de 500 salariés. Ce club offre à ses membres un véritable espace où règnent le partage d’expérience, la convivialité et la confiance

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