SÉCURITÉ - SÛRETÉGRANDS TÉMOINS

De la sécurisation d’établissements culturels à la lutte contre le trafic illicite de biens culturels

“Protéger le patrimoine de l’Humanité”

Prévenir, anticiper les différents risques de vols, dégradations, attentats, mais aussi de trafics de biens culturels, de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme…
Voici les missions de Yann BRUN au sein de la Mission sécurité, sûreté et audit du ministère de la Culture. Poste qu’il occupe depuis 2011.

Son activité comporte trois volets principaux :
▪ Un rôle d’expertise et d’aide à la décision
▪ Une activité de formation et de sensibilisation pour le ministère de la Culture, la police, la douane, la gendarmerie et les magistrats
▪ Une coopération étroite avec le ministère de la Justice, l’Office central de lutte contre le trafic illicite des biens culturels, les services spécialisés de lutte contre le trafic des biens culturels de la police, des unités de la gendarmerie et des douanes, mais aussi bien d’autres acteurs comme Europol, Interpol….

✔ Comment anticiper et prévenir les différents risques en malveillance ?
✔ Quelle coopération public/privé ?
✔ Quel rôle essentiel des femmes et hommes qui protègent ces biens ?
✔ Quelles technologies nécessaires ?

Voici tous les sujets traités par Yann Brun devant membres et partenaires du Club ✔ Agora des Directeurs de la Sécurité-Sûreté d’Ile-de-France qui ont plébiscité son intervention.

Virginie Cadieu : Votre activité comporte trois volets principaux, pourriez-vous les décrire en quelques mots ?

Yann Brun : On a une partie expertise au niveau national et international pour l’ensemble des établissements et lieux culturels. On fait beaucoup d’audits pour mieux sécuriser, renforcer la protection des biens culturels et les lieux culturels, concernant les actes de vol, de malveillance, mais également pour les collègues pompiers et les risques incendie.

Une autre particularité concerne les formations de sensibilisation. Il est essentiel que l’ensemble des personnels soient sensibilisés à la prévention et protection des biens culturels.

V.C : On parle beaucoup de biens culturels, mais qu’est-ce qu’un bien culturel ?

Yann Brun : C’est l’ensemble des biens mobiliers et immobiliers qu’ils soient donc publics ou privés, ayant un intérêt archéologique, historique, artistique, scientifique, mais également les biens immatériels.

V.C : Quels sont les différents risques alors ?

Yann Brun : Les différents risques sont, de façon classique, les vols, les dégradations, les destructions mais également le vandalisme. 

Sur les personnes, il peut y avoir des actes d’agressions ou de vols avec des pickpockets.

Et plus largement, au niveau international et avec les conflits, notamment au niveau des actuels conflits armés, il y a aussi malheureusement des destructions. Il y en a eu en 2015 avec Daesh et la suite logique, les risques d’attentats sur certains musées ou l’attaque terroriste du musée du Bardo à Tunis.

V.C : Pourriez-vous nous parler des types de dégradations ?

Yann Brun : Comme l’objectif d’un musée ou d’un établissement culturel est de rendre accessible au plus grand nombre, on a la difficulté, en fin de compte, de laisser l’accès de ces lieux à toute personne.

Et malheureusement, on tombe parfois sur des exemples où des personnes vont faire des “actes artistiques”, un baiser sur un tableau, mais qui est en fait une dégradation.

Vous avez aussi à la cathédrale de Tulle, une personne qui a tiré sur un tableau avec une arbalète. Et tout récemment, avec l’ensemble des activistes concernant le climat, on a observé des jets de soupe, de purée, de farine. Et dernièrement, ils y sont allés carrément avec des marteaux.

Donc là, la difficulté pour nous est d’empêcher ce genre de risque puisque l’accès est ouvert à tous.

V.C : Comment pouvoir prévenir ces différents risques de malveillance ?

Yann Brun : Essentiellement, par l’humain. Donc faire appel à du personnel, aussi bien du personnel fonctionnaire que, par exemple sur Paris et sur les risques incendie, à la BSPP (Brigade de sapeurs-pompiers de Paris). On s’appuie aussi, sur l’ensemble des agents de sécurité privée qui sont des partenaires essentiels, mais également sur les services de police ou gendarmerie pour avoir une vigilance sur les possibles vols, tentatives de destruction, dégradations et une vigilance un peu plus élargie sur tous ces risques liés à la malveillance.

Nous appliquons ce continuum au quotidien.

V.C : Comment déployez-vous ces process ?

Yann Brun : C’est tout une organisation qui se base sur les trois points les plus importants. 

Il y a tout ce qui est protection mécanique. C’est un peu classique dans tous les établissements. C’est un renforcement pour empêcher, retarder tous les risques d’actes de malveillance, les intrusions. 

Mais ensuite, on va spécifiquement rajouter des éléments électroniques tels que la détection d’intrusion. 

Pour les œuvres d’art, on va mettre en place par exemple de la détection rapprochée des œuvres pour éviter que le public ne s’approche, et donc une alarme va sonner pour déjà prévenir le public, mais également les agents pour qu’ils puissent intervenir. 

Et d’autres dispositifs, tels que les alarmes qui sont reliées au boîtier RAMSES. Ce qui permet d’avoir un lien direct avec la police et donc une intervention rapide, en cas de déclenchement de l’alarme.

V.C : Pouvez-vous nous expliquer l’avantage du dispositif RAMSES ?

Yann Brun : Nous avons la possibilité en tant qu’établissement du ministère de la Culture et de l’Administration Centrale de pouvoir bénéficier, en cas de déclenchement du système d’alarme intrusion, d’un lien direct avec la police, qui va envoyer une patrouille. Donc ça fait un gain de temps sur la levée de doute et sur l’intervention.

C’est vraiment essentiel. Le gain est vraiment sur l’intervention.

V.C : Vous êtes également innovants sur les technologies.

Yann Brun : Pour sécuriser au plus près les œuvres, on a de l’accrochage sécurisé, du stockage spécifique pour ne pas abîmer les œuvres. Donc c’est vraiment adapté à l’objet et au bien. 

Ensuite, on va utiliser ce qu’on appelle les tags pour pouvoir protéger au plus près les collections et les œuvres. Donc du tag, du GPS, du laser, du rideau infrarouge et selon les lieux et les moments, notamment dans les réserves, dans ce qu’on appelle les magasins d’archives ou de bibliothèque, on peut utiliser les générateurs de brouillard opacifiant qui sont généralement très utilisés notamment dans les débits de tabac.

Également, on est en train d’étudier la possibilité d’utiliser les nouvelles technologies concernant le marquage codé, utilisé notamment dans le luxe. 

Mais là se pose la question : est-ce que ces produits ne peuvent pas abîmer ou nuire à l’œuvre ? On est obligé d’adapter les solutions pour qu’elles n’abîment pas une conservation préventive des objets.

On est donc obligé d’aller au plus près et d’attendre d’avoir des données scientifiques.

V.C : Vous allez voir les fabricants et vous leur indiquez vos spécificités pour qu’ils adaptent leurs produits ? Comment cela se passe ?

Yann Brun : Avec ma collègue, on va plutôt sur les salons. On rencontre les fabricants et nous voyons les nouvelles solutions qui existent. Et selon les technologies, voir si cela peut s’adapter sur nos spécificités de biens culturels. 

À partir du moment où il y aura potentiellement une possibilité de toucher les œuvres ou de les abîmer, on fera appel à des laboratoires spécifiques tels que le Centre de recherche des musées de France qui, eux, sont des scientifiques. Ils peuvent ainsi nous donner un avis.

 V.C : Aujourd’hui, dans vos missions, il y a aussi tout ce qui est prévention contre le risque attentat…

Yann Brun : Tout à fait. Les musées ou les établissements culturels deviennent des cibles de risque d’attentat. Il y a eu la tentative d’attaque au Louvre, il y a eu le Bardo, il y a eu le Musée juif de Bruxelles. À partir du moment où il y a énormément de monde, il y a des risques d’attaque de nos établissements par de potentiels terroristes.

V.C : Un autre fléau, c’est le trafic de biens culturels…

Yann Brun : Malheureusement, s’il y a des vols, c’est qu’il y a des demandeurs. Il y a actuellement un marché légal mais derrière, vous avez potentiellement des collectionneurs ou des gens qui veulent faire de l’argent. Et c’est vrai que les vols alimentent ce trafic illicite.

Sur le marché légal, en octobre dernier, le dernier rapport de Tracfin, appelle à une vigilance, sur justement les marchands d’art et d’antiquités. Parce qu’on a un marché qui peut potentiellement attirer les trafiquants avec des sociétés écrans ou autre chose.

Là aussi, c’est alerter tous ces marchands. Il y a un appel à la vigilance de tous car le marché peut potentiellement être utilisé par des malfaiteurs ou par la criminalité organisée pour blanchir des capitaux et investir ce marché qui est légal.

V.C : S’il n’y a pas de frontières entre le trafic des biens culturels et le blanchiment des capitaux, comment faites-vous au quotidien pour travailler avec les différents acteurs hors de nos frontières ?

Yann Brun : L’avantage, c’est que mes collègues sont des commandants de police qui sont officiers de liaison de l’Office central de lutte contre le trafic des biens culturels (OCBC). Ce qui permet d’avoir un lien direct avec l’Office central qui est le représentant au niveau France pour toutes ces questions.

Cela nous permet de travailler aussi bien avec la douane, la gendarmerie, la police et la justice sur tous ces principes, au niveau national et international. Il est essentiel de travailler avec Interpol et Europol. 

C’est une des priorités sur lesquelles le ministère de la Culture travaille, avec les ministères concernés et avec les différents pays européens et bien évidemment, internationaux.

V.C : Un dernier point dont vous souhaitiez nous parler, ce sont les restitutions.

Yann Brun : Oui car cela montre bien la coopération entre nos services d’enquête, de police et de justice qui saisissent des objets pillés à l’étranger. 

En octobre 2021, plus de 25 000 objets pillés au Maroc ont été restitués.

Ce qui est énorme et montre aussi l’ampleur de ce pillage et de ce trafic. Autres exemples où c’est la douane française qui a restitué un bas-relief Khmer au Cambodge et en octobre, une antiquité à la Libye. 

Cela montre bien la coopération nécessaire entre ces différents pays pour lutter contre ce fléau et pour protéger à la fois le patrimoine national et le patrimoine de l’humanité.

Propos recueillis par Virginie Cadieu, Directrice du pôle Sécurité-Sûreté, Agora Managers et Agora Médias.

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Agora des Directeurs de la Securite

L’Agora des Directeurs de la Sécurité est l’une des 17 communautés d’Agora Managers. Basé en Ile-de-France, le Club Agora des Directeurs de la Sécurité Paris est l'un des 10 clubs de cette communauté. Tous les membres exercent obligatoirement ladite fonction et sont issus d’un groupe ou d’une entreprise de plus de 500 salariés. Ce club offre à ses membres un véritable espace où règnent le partage d’expérience, la convivialité et la confiance
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