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Océan, le nouveau partage du monde

Après les territoires, allons-nous siphonner les merritoires ?

Trois ans d’enquête, une douzaine d’enquêteurs, une dizaine de pays : Guillaume Pitron revient dans Les Enfants de l’IT sur son nouveau livre, Océan, le nouveau partage du monde (Éditions LLL).


Il y décrit notamment l’industrialisation des mers, les 5 couches de l’océan, des drones sous-marins à l’ADN environnemental, et la course qui s’engage entre puissances pour en contrôler les ressources. Pourquoi l’Europe est-elle mieux placée qu’elle ne le croit ? Mais aussi, pourquoi les entreprises vont devoir mesurer leur empreinte océan.

Journaliste, réalisateur et auteur, Guillaume Pitron est chercheur associé à l’IRIS. Après La Guerre des métaux rares et L’Enfer numérique – Voyage au bout d’un like, il poursuit avec ce troisième ouvrage son enquête sur les ressources qui sous-tendent nos modes de vie et la mondialisation.

  • « Le monde de demain ne sera pas seulement vert, il sera bleu »
  • Océans : l’Europe, puissance bleue qui s’ignore
  • Après les métaux rares, la ruée vers les abysses
  • Bas-carbone mais « haute matière » : la prochaine frontière s’appelle océan
  • Empreinte océan : le nouvel angle mort de la RSE

Entretien

Julien Merali : Avant de plonger dans votre enquête, pourquoi vous êtes-vous intéressé aux océans ?

Guillaume Pitron

C’est un sujet, les océans, que je n’avais pas en tête. Deux événements m’ont convaincu qu’il fallait que je m’intéresse à ce sujet des ressources des océans.

D’abord, une invitation sur un porte-hélicoptères français, il y a quelques années, pour traverser l’océan Indien entre l’Afrique et l’Inde. Et à bord, je donnais des conférences.

Mais du coup, j’étais reporter et j’ai vu des choses, j’ai vécu une expérience extraordinaire. Je me suis dit : « Mais qu’est-ce que je fais de cette fabuleuse expérience ? »

Et l’autre événement, ce sont en fait des rapports qui ont été publiés ces dernières années. Très discrets, des rapports passés inaperçus, écrits par des institutions de recherche scandinaves et anglo-saxonnes, et qui pointent un phénomène totalement nouveau, qui est celui de l’industrialisation des océans.

On a industrialisé les terres depuis la première révolution industrielle, mais les mers étaient restées relativement à l’écart de cette dynamique d’industrialisation, sous réserve, évidemment, de l’industrialisation de la pêche, des hydrocarbures. et du dessalement de l’eau.

On ne s’était pas intéressé aux ressources génétiques marines, aux animaux bioluminescents et l’aquaculture avait une part relativement restreinte dans le mode de consommation.

Et ce que disent ces rapports, c’est que tout explose.

La consommation de toutes ces ressources des mers, y compris le sable, demain des métaux, pourrait prendre une dimension encore plus importante. Ces ressources de la Terre pour nos besoins de consommation, vont de plus en plus s’agir de ressources de la mer. Et, pour cela, il y a une industrialisation à l’œuvre.

Et ces rapports fascinants m’ont fait pointer la réalité de ce monde vers lequel on va, qui est un monde à la fois bas-carbone et, puis en même temps, un monde « haute matière ».

C’est-à-dire que le trait commun de mes deux premiers ouvrages et de ce troisième, c’est que finalement, à chaque fois, je m’intéresse aux ressources qui sont souvent un impensé de nos modes de consommation, de nos modes de vie, de la géopolitique.

Parce que les ressources, ce sont les pays pauvres, ce sont des personnes en amont de la chaîne de valeur qui s’en occupent, mais pas l’aval. Et à fortiori, quand on est un DSI, on ne voit pas la ressource.

Et moi, mon sujet, c’est de m’intéresser à ces ressources sur lesquelles il n’y a pas de modélisation sous-jacente de la mondialisation, de nos modes de vie que sont les ressources, et rappeler que notre monde du XXIᵉ siècle sera, j’espère, un monde bas-carbone.

Mais de toute façon, ça va être un monde « haute matière ». On va consommer des volumes colossaux de ressources d’ici 2060. Et donc c’était évidemment de ces enjeux-là dont je voulais parler.

Océans Le nouveau partage du monde de Guillaume Pitron
Océans Le nouveau partage du monde de Guillaume Pitron

Julien Merali

En quelques mots et de façon chronologique, est-ce que vous pouvez nous expliquer un petit peu cette enquête ? Où vous a-t-elle mené, combien de temps a-t-elle duré ?

Guillaume Pitron

Deux ans d’enquête, un an d’écriture. Une douzaine de personnes avec moi pour travailler. Un livre comme ça, j’aurais mis une décennie à l’écrire et notamment à enquêter. Donc une douzaine d’enquêteurs, chapeautés par un responsable, et moi en surplomb de tout cela, tellement ça représentait un travail important.

Une dizaine de pays visités, un océan traversé.

La morue pêchée au large de l’Islande, les laboratoires de ressources génétiques marines visités aux États-Unis, les grandes foires de drones sous-marins arpentées à Singapour pour, évidemment, raconter un phénomène mondial et tous les effets papillon qui se nouent, qui se tissent d’un bout à l’autre de la planète.

Donc trois ans de travail. Je ne sais pas faire autrement. C’est monstrueux, c’est une tannée. Je termine totalement rincé, sur les rotules, mais je ne sais pas faire autrement que mettre ces moyens en temps, en argent, en déplacements pour pouvoir écrire un livre qui, j’espère, est un livre de bonne facture.

Julien Merali

Peut-on revenir sur cette notion d’industrialisation des océans et des éléments qui y participent ?

Guillaume Pitron

En fait, une révolution technologique est à l’œuvre partout sur Terre, mais y compris dans les océans. C’est une révolution multifactorielle qui combine à la fois intelligence artificielle, évidemment, déploiement de capteurs intelligents partout où c’est possible dans les océans.

On appelle ça « l’océan des objets ». Ce sont également les biotechnologies. Par exemple, la technologie de l’ADN environnemental est totalement fascinante. J’en parle dans le livre. En fait, en prélevant quinze litres d’eau de mer, on est capable, en analysant l’ADN dans l’eau de mer, de savoir quels sont les animaux qui s’y trouvent ou qui sont passés par là, qui ont laissé une trace.

Et donc, sans les avoir vus, on est capable pour autant de savoir quelle est la diversité, la biodiversité des océans. Je précise que, pour certains tests, quand on analyse l’ADN de l’eau de mer, 14 % de l’ADN est connu, le reste est inconnu. Ce qui est totalement fascinant. Ça vous dit le potentiel de ce qui est à découvrir.

Mais ce sont également les drones sous-marins. On parle souvent des drones qui volent en Ukraine et en Russie, mais jamais des drones sous-marins. C’est absolument fascinant comme enjeu.

Et puis l’imagerie spatiale, très haute définition, qui permet d’observer les mers en temps réel. Cet assemblage, cet alliage de technologies permet d’accélérer l’exploitation, l’observation, la surveillance, la protection des ressources marines et de basculer dans un âge d’industrialisation, c’est-à-dire où la mécanisation est systématique. Les effets de volume sont absolument colossaux.

Et dans nos modes de consommation, le bleu prend de plus en plus sa part. C’est-à-dire que le ratio entre les ressources terrestres et les ressources marines, progressivement, bascule très progressivement vers les ressources marines.

C’est pour ça que je crois que le monde de demain ne sera pas seulement vert, mais il sera aussi bleu.

Julien Merali

Est-ce que vous pouvez nous parler un peu des différentes couches qui composent cet océan ?

Guillaume Pitron

Quand vous êtes sur une plage, dites-vous bien que vous êtes sur l’Everest d’un monde. Si la plage est plate, le paysage est aussi plat. Mais en fait, lorsque vous regardez le large, vous êtes au sommet d’un monde, d’un monde sous-marin.

C’est-à-dire que si vous retirez l’eau de la mer, en dessous, il y a des plaines, il y a des rifts, des canyons, des chaînes de montagnes qui s’élèvent sur des milliers de mètres de profondeur. Tout cela est en dessous de vous. Donc vous êtes au sommet d’un monde en étant pourtant à la limite de la mer.

Tout cela, ce sont des dimensions. Et donc, c’est un océan qui, pour moi, recouvre cinq dimensions.

D’abord, il y a tout ce qui se passe sous le plancher des océans. C’est là-dessus qu’on va notamment chercher le gaz et le pétrole, à des milliers de mètres de profondeur.

Après, la seconde dimension, c’est le plancher océanique lui-même, sur lequel on trouve notamment le noyau polymétallique, par exemple les fameux nodules, c’est-à-dire des concrétions rocheuses riches en cobalt, en nickel, que des sociétés voudraient aujourd’hui exploiter pour faire notamment des véhicules électriques.

Et puis après, vous avez la colonne d’eau qui va bien du plancher jusqu’à la surface.

Après, vous avez la surface elle-même qui est aussi une dimension de la mer, puisque les énergies marémotrices, houlomotrices permettent de produire des énergies marines renouvelables, de l’électricité verte.

Tout ça, c’est une dimension supplémentaire. Et puis, ne pas oublier qu’au-dessus de la mer, c’est une dimension qui fait partie intégrante de la mer. Parce que les vents marins, l’énergie vélique, l’énergie éolienne offshore, c’est une dimension à part entière.

Et même les océans vont jusqu’à l’espace. Parce que vous avez besoin de l’espace et de satellites pour regarder les océans.

Et ce qu’on ne perçoit pas, c’est que si vous voulez être une grande puissance maritime, vous devez d’abord et avant tout être une puissance spatiale.

Donc c’est cet axe de centaines de kilomètres, de l’espace jusque sous les abysses, qui en fait un espace vertical et dont il est question dans ce livre, et de toutes les ressources dans chacune de ces dimensions qui nous intéressent.

Julien Merali

On va revenir sur qui contrôle ces océans, mais le prérequis, c’est donc de contrôler l’espace.

Guillaume Pitron

L’espace au sens large qui inclut l’espace extra-atmosphérique.

Si on se retourne dans l’histoire et que l’on regarde comment commence une conquête, on a commencé évidemment par conquérir des territoires.

Eh bien, c’est la même chose avec les mers. Vous voulez avoir accès à ces ressources qui représentent une valeur potentielle de croissance économique colossale. La question qui se pose est : Qui détient les territoires ?

Et les territoires marins, on peut les appeler les « merritoires ». Et ce qui est intéressant, c’est de voir comment s’organise le partage du monde, puisque c’est le titre du livre.

En 1982, la Convention des mers – la Convention de Montego Bay – va être signée par à peu près toute l’humanité, à quelques exceptions près. C’est une convention dans laquelle on va notamment se partager les zones économiques exclusives, c’est-à-dire ces bandes de mer qui vont jusqu’à 370 kilomètres au-delà des côtes, et puis les plateaux continentaux étendus qui vont un peu plus loin encore que les zones économiques exclusives (ZEE).

Et dans les équilibres de ce partage, des pays n’ont rien eu – la Suisse, le Tchad – des pays ont eu un petit peu et des pays ont eu beaucoup. Les grands gagnants de ce partage du monde, c’est l’Occident et même l’Europe.

Et l’Europe ne perçoit pas qu’elle détient le premier attribut d’une grande puissance bleue, à savoir les « merritoires» : la France, mais également le Danemark, le Portugal, l’Angleterre, pour ne citer que ces quelques pays.

L’Europe concentre à elle seule 18 % de la surface des « merritoires » alors qu’elle ne représente que 4 % de la surface terrestre des territoires émergés.

Donc on voit ces décalage qui ont profité à l’Europe et aux États-Unis et qui commencent à générer des tensions à mesure que l’on réalise que les mers sont un territoire de richesse, ce qu’on ne voyait pas vraiment en 1982.

Ainsi, à mesure que la révolution technologique s’accélère, on prend conscience de ce potentiel et, tout d’un coup, on se dit : « Mais qui a accepté ce partage du monde ? »

Est-ce que c’est un partage juste ? Est-ce qu’on aurait pu faire autrement ? Est-ce qu’on a suffisamment décolonisé les terres, mais les mers ?

Et tous ces sujets sont en train de se poser et se poser dans les prochaines décennies.

Julien Merali

Vous parlez dans le livre de « révolution bleue ». Quelle est votre définition?

Guillaume Pitron

C’est la révolution de l’économie bleue, de toute l’économie de la mer qui touche évidemment à la question des ressources. Ça a été mon angle d’enquête, mais qui va bien au-delà puisque c’est également le fret maritime, le tourisme côtier, les croisières.

Tout cela, c’est l’économie bleue avec spécifiquement, l’économie de l’exploitation, de la commercialisation des ressources marines.

L’Europe a raté beaucoup de révolutions ou de virages industriels ces dernières décennies. Le virage de la révolution verte, elle l’a raté.

Elle installe les panneaux solaires, elle achète les voitures électriques, mais ce n’est pas elle qui les fabrique, ou en tout cas dans des quantités qui sont moindres que notamment ce qui est produit par la Chine.

Donc la révolution verte, sur le plan industriel, est une révolution chinoise. La révolution de l’IA est une révolution américaine, je ne vous apprends rien.

Et donc évidemment, il est tout à fait de bon ton de se plaindre et de pleurer sur le retard européen au XXIᵉ siècle.

Mais dans la révolution bleue, l’Occident est en avance et, plus précisément, un groupe de pays. Et c’est l’Europe qui a non seulement les « merritoires », mais également les technologies, les drones sous-marins et dans l’espace extra-atmosphérique, les satellites spatiaux, en passant par toutes les strates intermédiaires de ce monde en cinq dimensions que j’ai analysé tout à l’heure, que sont les océans.

Si on regarde vraiment qui tient les technologies, évidemment, la Chine et les États-Unis qui sont très forts et quelquefois des leaders.

Mais c’est vrai que l’Europe est très bien positionnée.

Et de même qu’il y a des Elon Musk qui envoient des fusées, des satellites dans l’espace, il faut en fait l’équivalent pour accéder aux abysses. Les sociétés qui ont le leadership sur l’accès aux abysses, ce sont des sociétés européennes.

Ce sont les Norvégiens qui fabriquent la star des drones sous-marins autonomes (AUV) qui s’appelle HUGIN, et c’est également une société britannique, qui s’appelle Ocean Infinity, qui a été créée par des financiers britanniques et dont le patron, Anthony Clake, est aussi secret qu’Elon Musk cherche la lumière et qui pourtant, est l’Elon Musk des abysses.

C’est-à-dire que c’est grâce Ocean Infinity et à Anthony Clake, que les États peuvent avoir accès aux ressources des abysses et ont besoin de passer par lui, faute d’avoir eux-mêmes, y compris la France, certaines capacités technologiques pour, par exemple, récupérer au fond des mers des actifs stratégiques.

Comme par exemple, les fusées abandonnées qui intéressent bizarrement beaucoup de flottilles chinoises qui viennent se promener autour pour pêcher du poisson, entre guillemets, au moment où ce nez de fusée, avec un alliage très spécifique à l’intérieur, vient de retomber en mer.

Tout cela sont des technologies. Et l’Europe les tient.

Puis, deuxième point, on voit un leadership européen dans la détention de certains savoirs, de certains brevets, notamment sur les ressources génétiques marines qui permettent de fabriquer les médicaments du futur.

Donc l’Europe est une puissance bleue qui s’ignore parce qu’en fait, la politique européenne est diluée entre 27 capitales. Mais si on additionne ces 27 capitales, eh bien, il est impressionnant de voir à quel point l’Europe est bien positionnée dans cette course.

Julien Merali

Vous expliquez qu’il y a un coût d’accès qui est plus élevé, ce qui fait que, fatalement, ça participe également aux inégalités.

Guillaume Pitron

En fait, accéder à la mer, c’est très cher. Ça, c’est une évidence. Accéder à une ressource, il faut prendre le bateau, un sous-marin, il faut envoyer des drones filaires, pas filaires, autonomes, pas autonomes Et il faut envoyer des satellites, parce que seuls les satellites sont capables, de surveiller et d’exercer une souveraineté sur des territoires, sur des « merritoires» aussi vastes que les ZEE (zone économique exclusive).

Donc tout ça, c’est de la technologie, du savoir-faire et beaucoup d’investissement en capital.

C’est un truc de riche, la mer, comme le dit l’un des experts que j’interroge dans le livre. Et donc, qui a accès finalement aux ressources des mers qui sont plus chères que les ressources terrestres ? Les États les plus avancés de la planète. Alors, encore une fois, il faut nuancer en disant qu’il y a aussi la Chine, l’Inde, le Brésil, le Vietnam, etc.

Mais on retrouve majoritairement des États occidentaux qui, dès les années 80, ont pu commencer à s’intéresser aux ressources génétiques marines.

Aujourd’hui, en Afrique, il y a encore des problématiques de virus qui tuent des milliers de personnes. Et je pense à Ebola, par exemple, en République démocratique du Congo.

Et au même moment, en Occident, on a les moyens et on a la technologie de penser aux ressources génétiques marines. Donc, vous avez des inégalités de fait qui se créent, qui se creusent. Et comme on dit : Only rich get richer (« Les riches deviennent plus riches » ) parce que seul l’Occident a la force de frappe, notamment technologique, capitalistique, et les ressources humaines pour pouvoir accéder à ces ressources.

Il faut donc s’attendre à ce que les inégalités en mer soient beaucoup plus criantes qu’elles ne le sont sur terre. C’est vraiment un constat qu’on peut faire.

Julien Merali

Cette course aux ressources, que vous pointiez déjà du doigt dans  » La Guerre des métaux rares  » va donc qu’accélérer.

Guillaume Pitron

L’humanité s’accroît. On est 8,3 milliards, on va être 9, 10 milliards.

Les classes moyennes des pays en voie de développement aspirent à vivre une vie plus confortable, et c’est bien normal.

Et on entend souvent, avec une tonalité malthusienne que l’on peut discuter, que les océans offriraient un sursis : à mesure que les ressources terrestres s’épuisent, les ressources marines permettraient de repousser l’horizon de leur épuisement. Le sable des côtes, par exemple, qui sert à bâtir des immeubles, vient de plus en plus des océans, parce que c’est une ressource en voie de disparition.

Tout cela accélère et contribue à accélérer notre soif de ressources. Un humain, aujourd’hui, consomme en moyenne douze tonnes de ressources par an. C’est mon empreinte, c’est l’empreinte matière moyenne d’un humain. Et ça, évidemment, génère toutes sortes d’importants enjeux écologiques.

On a tous compris ce que c’était que notre empreinte carbone. On ne l’a pas tous fait, mais on sait ce que c’est que son empreinte carbone.

Mais on oublie que derrière l’empreinte carbone, il y a aussi un autre sujet, c’est l’empreinte matière et l’empreinte océan. Et on commence à calculer l’empreinte océan de l’humanité, c’est-à-dire l’impact des activités humaines, spatialement parlant, sur les mers.

Et donc ceci commence progressivement à devenir une réalité.

Notre enjeu aujourd’hui urgent, surtout après l’été épouvantable qu’on a passé, c’est évidemment de baisser nos émissions de gaz à effet de serre. Mais en fait, ce monde bas-carbone contribue à rendre le monde plus « haute matière ». Il faut beaucoup de métaux. C’était le sujet du premier livre pour émettre moins de carbone. Le monde dématérialisé, c’est un monde très « haute matière ». C’était mon deuxième livre.

Et là, tout d’un coup, je suis en train de vous dire qu’on va aller chercher encore plus de matières premières dans les mers.

Tout cela nous amène vers un monde « haute matière » et les courbes, notamment de projection de la consommation de ressources de l’humanité par l’OCDE, nous montrent qu’en 2060, l’humanité consommera deux fois et demie plus de ressources qu’en 2018.

Je pense que c’est le vrai enjeu qui arrive, c’est celui d’être bas-carbone et basse matière. Or, nous allons vers un monde bas-carbone mais « haute matière ». Ça va être un vrai sujet et c’est peut-être la nouvelle frontière de la RSE pour les entreprises.

Calculer son impact matière, sa mass balance, comme on dit, et puis, également, calculer son empreinte océan.

Les entreprises dépendent de l’océan pour tout : des ressources qu’elles consomment et dont elles ne savent même pas qu’elles viennent de l’océan. La mondialisation prend le bateau, comme on dit. C’est grâce au fret maritime que nombre d’entreprises peuvent déployer leur modèle économique. Et en retour ? Eh bien, les entreprises rendent aux océans toutes sortes de choses, y compris des déchets. Et ça, c’est une empreinte océan.

Donc il y a une stratégie océan qui va devoir se développer dans les entreprises pour pouvoir mieux calculer ce que je dois à la mer et ce que je lui rends, plus ou moins positivement parlant. Et comment est-ce que je peux atténuer cet impact ?

Les Enfants de l’IT est un podcast français produit par Agora Managers Groupe et animé par Julien Merali, dédié aux directeurs des systèmes d’information (DSI) et aux professionnels du numérique des grandes entreprises.

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