SÉCURITÉ - SÛRETÉ

La gestion de la sécurité-sûreté dans les média : Approches Française et Belge

Face à la multiplication des menaces contre les journalistes et animateur(rices), (Violence, cyberharcèlement, menace de mort) et aux risques pesant sur les infrastructures de diffusion, comment les directeurs de la sécurité-sûreté des médias protègent-ils leurs équipes tout en garantissant la continuité de l’information en situation de crise ?

Entre renforcement des dispositifs de protection, gestion des risques et contraintes budgétaires, les enjeux sont nombreux pour les médias de service public.

Lors de cette soirée du Club Agora des Directeurs de la sécurité-sûreté francophone connecté, Loïc Poucel, directeur adjoint en charge de l’accueil, de la sécurité et de la continuité d’activité à Radio France, et Nicolas Séguier, Security Director, Crisis & Risk Management à la RTBF, partagent leurs expériences et leurs pratiques face à ces nouveaux défis.

Une approche croisée française et belge pour aborder la protection des journalistes et des infrastructures, la prévention du cyberharcèlement et la résilience des médias.

Intervenants :

  • Gwénolé Abgrall, directeur adjoint du pôle Sécurité d’Agora Managers Groupe (animateur)

  • Loïc Poucel, directeur adjoint, en charge de l’accueil, de la sécurité et de la continuité d’activité à Radio France

  • Nicolas Séguier, Security Director, Crisis & Risk Management à la RTBF

ENTRETIEN

1. La protection des journalistes et des équipes sur le terrain

Gwénolé Abgrall

Sur la protection des personnes, Loïc, on voit de plus en plus de journalistes et d’animateurs pris à partie, insultés, parfois même agressés physiquement, que ce soit sur le terrain ou à la sortie de l’antenne. Concrètement, comment Radio France organise-t-elle aujourd’hui la protection de ses équipes ?

Loïc Poucel

Le sujet est vaste, parce que la protection concerne à la fois les bâtiments et les personnes.

Radio France est présente à la Maison de la Radio et de la Musique, dans le 16e arrondissement de Paris. C’est un grand bâtiment de 110 000 mètres carrés, qui accueille plusieurs rédactions qu’il faut protéger. Nous avons également 44 stations locales réparties dans toute la France avec le réseau Ici.

C’est tout notre réseau qu’il faut protéger. Bien évidemment, la protection de nos journalistes passe d’abord par celle de nos sites. Vient ensuite la protection des journalistes qui partent couvrir des reportages. Notre responsabilité est de faire en sorte que cette mission d’information puisse continuer à être menée dans les meilleures conditions de sécurité possibles.

Très concrètement, notre point de départ, c’est l’analyse du risque.

Quelle est la menace ? Est-elle acceptable ? Peut-on la contrer en mettant en place des mesures de sécurité ?

La protection des bâtiments en fait partie. Nous pouvons ainsi mettre en place des dispositifs de sécurité plus ou moins renforcés.

Lorsque nos journalistes vont couvrir l’actualité, notamment des manifestations ou des élections présidentielles, comme celles que nous allons connaître et qui risquent de compliquer la situation, nous devons également anticiper les risques.

Il faut donc réaliser une analyse du risque, notamment avec les services de police. Nous entretenons une relation de proximité avec eux, qui nous permet de connaître les risques, de déterminer ce qui est acceptable et de savoir comment accompagner nos équipes.

Cela peut passer par des équipements de protection individuelle, mais aussi par des dispositifs de protection rapprochée ou d’autres mesures, différentes, mais tout aussi efficaces.

Gwénolé Abgrall

Avez-vous fait évoluer votre politique de protection à la suite des différents mouvements sociaux que nous avons connus, notamment celui des Gilets jaunes et les tensions sociales de plus en plus fortes en France ?

Loïc Poucel

Très clairement, auparavant, les risques liés aux reportages en France étaient plutôt limités. Jusqu’à l’époque des Gilets jaunes, où la situation a considérablement changé.

Il a fallu affiner beaucoup plus notre analyse du risque sur le territoire national et, notamment, renforcer nos liens avec les services de renseignement, en particulier le renseignement territorial, pour l’ensemble de nos stations locales.

Le mouvement des Gilets jaunes s’est notamment manifesté à Bordeaux, à Aix-en-Provence et, bien évidemment, à Paris.

Cela a considérablement modifié notre approche de l’analyse du risque et de la protection de nos journalistes.

Pour la première fois en France, nous leur avons demandé de travailler en mode discret : ne pas porter de bonnette ni utiliser de micro sérigraphié, voire ne plus avoir de micro en main. Ils ont dû apprendre à travailler de manière très discrète, afin que les manifestants ne puissent pas les repérer et éventuellement les prendre pour cible.

Depuis cette période, nous avons poursuivi cette méthode, qui consiste à analyser au plus près les risques liés aux manifestations organisées sur l’ensemble du territoire national.

En fonction du niveau de risque, nous planifions les interventions en lien avec le secrétariat général de l’information. Nous privilégions des équipes plus expérimentées, afin d’éviter, par exemple, d’envoyer de jeunes journalistes sur des manifestations particulièrement tendues.

Nous pouvons également mettre en place des protections rapprochées lorsque nous anticipons des affrontements ou des troubles à l’ordre public.

Nous pouvons même les imposer. Tout dépend de l’analyse du risque réalisée avec les services de renseignement.

Gwénolé Abgrall

Nicolas, du côté belge, quels dispositifs la RTBF a-t-elle mis en place pour assurer la sécurité physique de ses équipes sur le terrain, en reportage, mais aussi dans les bâtiments et lors des émissions publiques ?

Nicolas Séguier

Je rejoins un peu les propos de Loïc. Les approches française et belge sont relativement proches, puisque nous sommes confrontés aux mêmes problématiques.

La sécurité de nos bâtiments reste évidemment une priorité. Nous avons plusieurs sites de production répartis en Belgique, dont certains sont davantage dédiés à l’événementiel et d’autres à la politique. Ces derniers peuvent donc être ponctuellement plus ciblés.

Je rejoins également Loïc sur le fait que le mouvement des Gilets jaunes a constitué un tournant majeur.

Nous n’avons pas tellement changé nos procédures concernant les pays dans lesquels nous envoyons nos journalistes. Ce sont des procédures qui fonctionnaient déjà. En revanche, en Belgique, nous ne nous attendions pas à une telle agressivité envers nos journalistes.

Nous l’avons vécue de plein fouet. Les journalistes du service public étaient particulièrement ciblés, davantage même que ceux d’autres médias.

Nous avons donc, nous aussi, mis en place des dispositifs de protection rapprochée en Belgique. Cela a représenté un changement important, un véritable bouleversement, y compris pour les journalistes.

Sortir avec une protection rapprochée dans Bruxelles représentait un véritable défi. Au départ, certains journalistes avaient un peu peur, en se demandant s’ils n’allaient pas être encore plus visibles et donc davantage ciblés.

Nous avons donc travaillé avec des profils assez discrets. Aujourd’hui, cette pratique est bien ancrée. Nous avons également mis en place des équipements, comme des casquettes renforcées, pour assurer leur protection.

Nous avons dû développer des dispositifs que nous aurions plutôt utilisés dans des pays étrangers. Par exemple, nous avons identifié des Safe Zones sur le parcours des manifestations où nous pouvions extraire rapidement nos journalistes, ainsi que d’autres endroits où les mettre à l’abri.

C’était tout à fait nouveau. Nous avons également renforcé notre proximité avec les services de renseignement.

Pour chaque manifestation, nous évaluons les risques et déterminons les mesures à mettre en place : faut-il s’attendre à des débordements ou non ?

Ce sont désormais des procédures que nous appliquons à nos journalistes, y compris sur le territoire national.

2. Le cyberharcèlement et l’accompagnement des journalistes

Gwénolé Abgrall

Passons maintenant au cyberharcèlement et au harcèlement, qui touchent énormément de figures médiatiques.
Lorsqu’un journaliste ou un animateur de Radio France ou de la RTBF fait l’objet d’une campagne de harcèlement en ligne, parfois pendant plusieurs semaines, quel parcours d’accompagnement Radio France propose-t-elle ?

Loïc Poucel

Le cyberharcèlement peut prendre plusieurs formes, mais le résultat est le même.

Il peut s’agir d’un auditeur ou d’un téléspectateur qui tombe amoureux d’un intervenant. Le monde des médias est assez surprenant dans ce domaine.

Il peut également s’agir de cyberharcèlement lié à la couverture éditoriale ou au traitement d’un sujet par un journaliste, qui ne correspond pas aux attentes des auditeurs ou des téléspectateurs.

Dans tous les cas, même s’il est virtuel, le cyberharcèlement touche une personne, qui peut parfois être vulnérable. Nous n’avons pas tous la même capacité à accepter ce type de situation.

Il était donc important pour nous de mettre en place un parcours d’accompagnement. Nous ne voulions surtout pas que notre journaliste ou notre animateur se retrouve seul face à cette situation.

Il était important de faire passer plusieurs messages. D’abord, il faut que les collaborateurs puissent faire remonter les informations et signaler qu’ils vivent une situation anormale.

Cela nous permet d’évaluer si le collaborateur ou la collaboratrice dispose des ressources psychologiques nécessaires pour affronter cette situation. Nous devons également déterminer si certains éléments du cyberharcèlement sont juridiquement condamnables.

Nous pouvons alors mettre en place des éléments de preuve, déposer une plainte et accompagner notre collaborateur ou notre collaboratrice auprès des services de police.

Dans les situations les plus difficiles, un accompagnement psychologique peut également être mis en place.

Lorsque l’intégrité de la personne est potentiellement menacée, notamment dans les cas de cyberharcèlement particulièrement graves, nous revenons à l’analyse du risque : existe-t-il réellement un danger pour le collaborateur ou la collaboratrice ?

Si la réponse est oui, nous pouvons mettre en place des mesures de protection, comme modifier son parcours pour venir à la radio, voire organiser une protection rapprochée dans les cas les plus difficiles.

Très clairement, le climat sociopolitique se durcit et le nombre de dossiers de cyberharcèlement augmente. La campagne électorale présidentielle va également accentuer ce phénomène.

Il est important que nos collaborateurs et nos collaboratrices soient pris en charge et se sentent accompagnés. C’est tout l’intérêt du parcours que je viens de décrire.

Gwénolé Abgrall

Nicolas, en Belgique, comment la RTBF accompagne-t-elle un collaborateur visé par du harcèlement ou des menaces en ligne ? Existe-t-il des référents dédiés en interne, au sein de la RTBF, ou auprès des forces de l’ordre ?

Nicolas Séguier

Chez nous, nous sommes confrontés, encore une fois, à la même problématique. Le cyberharcèlement a explosé ces dernières années.

Comme le disait Loïc, quel que soit le sujet traité, il y aura toujours une manière de l’interpréter. Quel que soit le sujet ou l’angle choisi, cela peut susciter des réactions.

Le cyberharcèlement est aussi une solution de facilité derrière un clavier. C’est ce qui rend le phénomène particulièrement difficile à gérer.

Il est souvent très difficile de retrouver l’origine des harceleurs. C’est un travail particulièrement compliqué. Peut-on faire fermer des pages Facebook ? Peut-on retrouver des adresses Internet ? C’est possible, mais il reste difficile d’identifier les personnes à l’origine des faits.

C’est l’une de nos principales problématiques. Le harcèlement peut durer très longtemps et il est particulièrement difficile à vivre pour les personnes concernées.

Nous avons donc mis en place un groupe dédié, qui travaille autour de trois dimensions.

Les personnes victimes de cyberharcèlement peuvent contacter un canal spécifique, qui réunit trois entités.

Il y a d’abord notre service interne de protection, qui intervient sur l’aspect psychosocial et apporte un soutien si nécessaire. Les personnes qui vivent ces situations peuvent être très affectées, car le harcèlement s’immisce dans leur vie privée et peut aller très loin.

Nous avons ensuite le service juridique, qui analyse les possibilités d’action, les fondements légaux et les démarches envisageables.

Enfin, le dossier arrive au service de sécurité, que je représente. Nous analysons alors le profil du harceleur, lorsque nous disposons de suffisamment d’éléments, afin de déterminer la nature de la menace et son caractère concret.

Il faut notamment distinguer le harcèlement de la menace, qui sont deux choses différentes.

Une menace directe peut être analysée comme telle. Le harcèlement, en revanche, suppose une certaine répétition des faits pour pouvoir être qualifié juridiquement. Cela prend donc beaucoup plus de temps.

Notre démarche consiste généralement à engager systématiquement des poursuites dès que nous parvenons à identifier quelqu’un. Nous voulons défendre nos journalistes et faire le nécessaire pour les protéger.

Loïc Poucel

C’est exactement la même approche chez nous. Ce qui est important, c’est aussi de mettre en place des mesures de prévention et d’information auprès de nos collaborateurs.

Nous constatons que, lorsqu’un collaborateur ou une collaboratrice vient nous signaler une situation de cyberharcèlement, il existe parfois un mauvais cloisonnement entre la sphère privée et la sphère publique.

Il faut donc sensibiliser les personnes pour qu’elles apprennent à bien séparer ces deux sphères, afin que le cyberharcèlement ne touche pas également leur famille ou leurs enfants.

C’est un travail de préparation qu’il faut mettre en place, en complément des actions que nous pouvons mener en réaction au cyberharcèlement.

Gwénolé Abgrall

Sentez-vous des retours positifs et suffisamment rapides de la justice, que ce soit pour les dépôts de plainte ou les condamnations ? Avez-vous le sentiment d’être écoutés ou reste-t-il encore un long chemin à parcourir ?

Nicolas Séguier

Nous avons des contacts privilégiés. Ce sont généralement nos avocats qui constituent les dossiers et les transmettent au parquet. Les échanges sont donc assez directs.

Comme ces situations sont très fréquentes, nous savons que les dossiers sont instruits. En revanche, la rapidité reste un problème. Nous aimerions évidemment que les procédures soient plus rapides.

Comme je le disais, il faut aussi pouvoir qualifier les faits de harcèlement. Cela nécessite une certaine répétition des faits. Malheureusement, pour la victime, cela signifie devoir subir ces agissements à plusieurs reprises.

À un moment donné, nous devons disposer d’un dossier suffisamment concret pour caractériser la menace.

Mais oui, nous sentons que la justice est attentive à ces situations. La preuve, c’est que nous obtenons parfois de très bons résultats.

Il arrive également que les harceleurs soient des fans, qui ne sont pas forcément menaçants, mais qui sont très amoureux de nos collègues. Cela reste néanmoins très lourd à vivre.

Nous avons obtenu de vrais résultats dans certains cas, avec des interventions psychiatriques. Certaines personnes ont fait l’objet d’injonctions pénales leur interdisant de s’approcher de la RTBF ou d’une personne en particulier.

Nous constatons donc que certains dossiers aboutissent, et c’est tout de même positif.

Loïc Poucel

Nous entretenons des liens très étroits avec les services de police et le parquet, bien évidemment. Mais lorsque les services d’investigation remontent jusqu’aux adresses IP, celles-ci ne se trouvent pas toujours en France. Elles peuvent être situées à l’étranger, ce qui complique les démarches.

Les enquêteurs doivent alors passer par des réquisitions internationales, qui peuvent parfois prendre beaucoup de temps, notamment avec certains pays comme les États-Unis.

Pour autant, il faut continuer à accompagner le collaborateur.

Il ne faut pas oublier que si cette situation se produit, c’est parce que ce collaborateur ou cette collaboratrice n’a fait que son travail. Et ce n’est pas forcément facile, après avoir simplement fait son travail, de subir toute une vague de cyberharcèlement.

3. La continuité de l’information en situation de crise : Plan de Continuité d’Activité (PCA)

Gwénolé Abgrall

Nicolas, avez-vous un plan de continuité d’activité pour protéger vos émetteurs et vos infrastructures, et ainsi assurer la continuité de l’information, même en cas de crise ?

Nicolas Séguier

Oui, tout à fait. Nous touchons là au cœur même de notre mission. En tant que service public, nous devons absolument informer la population.

Nous sommes actuellement en train de finaliser un contrat de gestion qui, à partir de 2027, nous imposera légalement de diffuser quinze journaux d’information par jour, dont deux journaux télévisés.

C’est notre obligation vis-à-vis du public. Cela implique donc un plan de continuité d’activité particulièrement solide, puisqu’à la moindre crise, nous devons répondre présents.

Nous avons des systèmes redondants pour l’ensemble de nos émetteurs. Nous en comptons une quarantaine, répartis sur tout le territoire.

Notre plan de sécurité est donc très solide sur ce point, compte tenu de nos obligations.

Par ailleurs, nous devons également être un partenaire privilégié du Centre national de crise, puisque nous restons un canal d’information essentiel pour la population.

En tant que partenaire privilégié du Centre de crise et opérateur technique en situation de crise, nous devons mobiliser tous les moyens nécessaires pour assurer cette continuité de l’information.

Gwénolé Abgrall

Loïc, avez-vous quelque chose de comparable à Radio France ?

Loïc Poucel

Je rejoins pleinement Nicolas sur cette mission de service public, qui consiste à informer nos auditeurs et à leur apporter une information vérifiée, y compris dans les situations les plus difficiles, notamment en période de crise.

Radio France a la même mission. Nous devons être en capacité, comme nous avons pu le constater lors des incendies en Gironde, de rester au plus près des territoires grâce à notre réseau de stations locales ICI, afin de transmettre des informations.

Ces informations doivent être vérifiées, en lien avec la préfecture, comme cela a été le cas en Gironde. Nous pouvons également travailler avec les acteurs locaux et le Centre national de sécurité civile pour transmettre de l’information en toutes circonstances.

Cela nous oblige à être résilients et à disposer d’un PCA solide. Mais nous devons aussi accepter qu’un site, une zone ou une entité puisse devenir inopérant pour une raison particulière, notamment parce qu’il est lui-même touché par la crise.

La résilience doit donc s’appliquer à l’ensemble de notre réseau local, mais aussi à nos chaînes nationales.

Elle est plus que nécessaire, car nous savons très bien que, notamment avec le changement climatique, les crises vont s’intensifier et se juxtaposer.

Même si notre organisation est robuste, nous devons donc réfléchir à nos modes dégradés et à la résilience de notre mission de service public.

4. Les arbitrages budgétaires et les priorités en matière de sécurité

Gwénolé Abgrall

Les médias et les services publics sont soumis à des restructurations budgétaires. Quels arbitrages budgétaires devez-vous faire en matière de sécurité ?

Est-ce également un point de tension avec votre direction et les pouvoirs publics ?

Nicolas Séguier

Un point de tension avec notre direction ? Je ne le pense pas, puisque nous essayons d’avancer tous ensemble.

Effectivement, nous ressentons une forte pression sur les budgets. Je ne sais pas si vous suivez un peu l’actualité en Belgique, mais, comme chez vous, nous devons réaliser beaucoup d’économies.

Nous avons connu une forte baisse de notre dotation. Pour rappel, 80 % de nos revenus proviennent de la dotation de la Fédération Wallonie-Bruxelles et 20 % de la publicité et d’autres revenus divers.

Notre dotation a donc été fortement réduite et nous devons réaliser des économies partout. La sécurité fait également partie de ces arbitrages.

Finalement, nous revenons à ce que je disais précédemment : quelle est l’essence même de notre mission ? C’est l’information.

Si nous devons faire des économies, ou en tout cas examiner certains postes de dépenses, nous allons plutôt regarder du côté de l’événementiel. C’est justement là que peuvent apparaître certaines tensions. Nous sommes régulièrement interpellés sur ces questions, notamment par le gouvernement ou certains partis politiques.

Ils nous demandent, par exemple, si produire une émission comme The Voice a réellement du sens pour un service public et si c’est quelque chose d’aussi important pour le public. Ce sont des questions sur lesquelles nous sommes interpellés, et c’est à ce niveau que les arbitrages vont se faire.

En revanche, nous ne transigerons jamais sur la sécurité de nos sites de production et de nos sites d’émission. Nous revenons toujours à notre mission de service public, et c’est essentiel.

Je m’éloigne un peu du sujet, mais nous l’avons vu lors du black-out en Espagne. Le premier réflexe a été de revenir à la radio, qui est devenue une véritable valeur refuge. Les gens se sont retrouvés sans rien et se sont demandé ce qu’ils pouvaient faire. Ils ont alors cherché un transistor, des piles et, tout à coup, ils ont retrouvé l’accès à l’information.

C’est clairement sur ce point que nous ne ferons jamais d’économies, puisque nous devons rester un partenaire essentiel pour la population.

Loïc Poucel

Les problématiques de restrictions budgétaires évoquées par Nicolas existent également dans l’audiovisuel public français. Nous devons, nous aussi, trouver des pistes d’économies.

Mais la vraie question, c’est : quel niveau de risque sommes-nous capables d’accepter ?

Il ne faut pas oublier que nous avons la responsabilité de garantir la sécurité de nos collaborateurs. Il faut également que ceux-ci se sentent en sécurité dans l’exercice de leurs missions.

Comme le disait Nicolas, nous devons aussi être capables de continuer à informer la population dans des situations particulières ou en période de crise.

Nous cherchons donc à réduire les dépenses et à les organiser de manière plus intelligente. Nous établissons des priorités. Certaines actions que nous aurions pu réaliser en une année peuvent ainsi être étalées sur trois ans, parce qu’elles sont moins prioritaires.

En revanche, lorsqu’il y a des manifestations et que nous savons que des troubles à l’ordre public risquent de se produire, nous devons continuer à transmettre l’information tout en sécurisant nos équipes.

Dans ce cas, nous ne renoncerons pas à la dépense que représente la protection rapprochée. Il est essentiel que nos équipes soient protégées. C’est une responsabilité de Radio France.

Il revient également au directeur de la sécurité de faire des arbitrages sur les dépenses qui ne sont pas inutiles, mais qui sont secondaires.

Cela peut passer, par exemple, par un étalement des dépenses dans le temps.

5. Le retour d’expérience de la crise sanitaire et l’adaptation des organisations

Gwénolé Abgrall

Quelle est la crise qui vous a marqué et dans laquelle vous avez dû assurer la continuité de l’information ?

Nicolas Séguier

Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est le Covid. Il faut se remettre dans le contexte de l’époque. Tout s’arrête, tout le monde est confiné et, pendant ce temps, on nous dit que nous devons continuer à fonctionner.

Il faut se replacer dans cette situation où les gens, y compris nos propres journalistes, n’avaient pas encore toutes les informations et ressentaient de la peur, comme le reste de la population.

Et nous leur disions : « Non, non, vous allez continuer à travailler, parce que vous devez aller couvrir les événements. »

Il y avait un sentiment assez particulier : tout le monde rentre chez soi, sauf vous, parce que vous devez continuer à informer le public. C’était vraiment une situation très particulière, avec cette sensation un peu étrange de devoir poursuivre notre mission alors que tout le monde s’arrêtait.

C’est typiquement une crise pour laquelle nous avons dû nous organiser. Dans un premier temps, nous avons fait appel à des volontaires, puis nous avons progressivement retrouvé un mode de fonctionnement relativement normal.

Mais, au début de la crise, la situation était tout de même particulièrement compliquée.

Loïc Poucel

Ce qui est intéressant avec la crise du Covid, c’est que nous ne nous y attendions absolument pas.

Je veux dire qu’aucun citoyen sur cette planète n’était capable d’imaginer que, du jour au lendemain, l’activité allait s’arrêter et que la Terre entière allait se retrouver confinée.

Si Radio France a su faire face à cette situation, c’est grâce à sa capacité d’adaptation.

Certaines émissions étaient habituellement réalisées dans des studios où il était justement impossible de respecter les règles de distanciation. Cette crise nous a appris à travailler depuis la maison, avec des moyens techniques et informatiques qui n’existaient pas auparavant ou qui, en tout cas, n’étaient pas utilisés à bon escient.

Cette crise du Covid nous a permis de démontrer notre capacité à nous adapter et à faire face à cette situation. Le Covid nous a appris à produire de l’information en mode dégradé, avec des effectifs réduits. Aujourd’hui, nous sommes capables d’affronter des situations difficiles grâce à cette expérience.

Faire face à une crise, quelle qu’elle soit, repose sur notre capacité à nous adapter, mais aussi sur celle de notre organisation à fonctionner avec des moyens dégradés.

Aujourd’hui, le Covid constitue un bon retour d’expérience, et nous nous enrichissons à chaque retour d’expérience.

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L’Agora des Directeurs de la Sécurité est l’une des 17 communautés d’Agora Managers. Basé en Ile-de-France, le Club Agora des Directeurs de la Sécurité Paris est l'un des 10 clubs de cette communauté. Tous les membres exercent obligatoirement ladite fonction et sont issus d’un groupe ou d’une entreprise de plus de 500 salariés. Ce club offre à ses membres un véritable espace où règnent le partage d’expérience, la convivialité et la confiance
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