MOBILITÉS - FLOTTE AUTO

Le rôle stratégique du Mobility Manager à l’horizon 2030 

L’Agora des Responsables Flotte Auto et Mobilité ouvre ses portes pour une discussion essentielle sur l’avenir du métier de gestionnaire de flottes. Philippe AMBON, Directeur du développement de HOLSON et Melchior WATHELET ex-Secrétaire d’État à la Mobilité Belge et CEO de NEXUS COMMUNICATION (FLEET EUROPE) partagent leurs visions sur les défis et les opportunités qui attendent les professionnels de la mobilité d’entreprise à l’horizon 2030.

  • Philippe AMBON :
    • Holson est un acteur dédié à la performance des flottes automobiles avec deux métiers principaux : le conseil en réduction de coûts et l’accompagnement à la transition énergétique (organisation, process et outils de la gestion du parc). L’entreprise a une activité de fleet management, donc de gestion externalisée. Elle gère environ 10 000 véhicules et propose également des logiciels de gestion de flotte et des formations pour les gestionnaires.
  • Melchior WATHELET :
    • Nexus Communication est une entreprise experte en gestion de flottes et mobilité, avec une forte présence internationale. Elle produit des médias, de l’éducation, du networking, des événements et couvrent tous les aspects de l’écosystème de la gestion de flotte et de mobilité : modèles financiers, partage, nouvelles énergies, connectivité, dernier kilomètre, mobilité en tant que service, sécurité, autonomie et remarketing. Elle a a aussi une marketplace et des plateformes digitales et offre des services de consultance pour valoriser le secteur.

Gestionnaire de flotte / mobility manager

Le paysage de la mobilité d’entreprise est en pleine effervescence. La transition énergétique, les nouvelles réglementations et les attentes des collaborateurs redéfinissent les contours du métier de responsable de flottes.

Les défis : complexité et incertitudes

  • Transition énergétique : Comment concilier impératifs environnementaux, contraintes budgétaires et attentes des collaborateurs ?
  • Réglementations : Comment s’adapter à un cadre législatif en constante évolution, différent selon les pays ?
  • Infrastructures : Le déploiement des bornes de recharge est-il à la hauteur des ambitions ?
  • Acceptation du changement : Comment accompagner les collaborateurs dans l’adoption de nouvelles mobilités ?
  • Philippe AMBON :
    • La complexité du métier de gestionnaire de flotte a augmenté en raison de la réduction du nombre de voitures gérées par gestionnaire. Les facteurs de complexité incluent le réchauffement climatique, la fiscalité, les nouvelles demandes et la résistance au changement. La transition énergétique a rendu le métier plus complexe, nécessitant une éducation et une acculturation des conducteurs.
  • Melchior WATHELET :
    • La complexité est similaire en Europe, avec une volonté de « verdir » le parc automobile pour réduire les émissions de CO2. Les entreprises doivent maintenir l’attractivité des véhicules tout en respectant les objectifs environnementaux et en maîtrisant les coûts. Les régulations européennes et la recomposition du paysage des gestionnaires de flottes ajoutent à cette complexité.
  • Philippe AMBON :
    • La décarbonation nécessite une éducation des conducteurs et une transition vers des véhicules électriques. La gestion des infrastructures de recharge est également un défi majeur.
  • Melchior WATHELET :
    • Le passage par la voiture d’entreprise est la manière la plus rapide de « verdir » le parc automobile. Cependant, des incertitudes subsistent quant aux technologies futures (hydrogène, nouveaux carburants). La dépendance aux législations et aux incentives pour l’achat de véhicules électriques reste forte.

Les opportunités : un rôle stratégique

  • Devenir un acteur clé de la transition énergétique : Le responsable de flottes peut contribuer activement à la décarbonation de l’entreprise.
  • Optimiser les coûts : La gestion intelligente des flottes et des nouvelles mobilités permet de réaliser des économies significatives.
  • Améliorer l’attractivité de l’entreprise : Les nouvelles générations sont sensibles aux enjeux environnementaux et à la flexibilité de la mobilité.
  • Valoriser le métier : Le responsable de flottes devient un véritable chef d’orchestre de la mobilité, un rôle stratégique au sein de l’entreprise.
  • Philippe AMBON :
    • Le métier évolue vers un rôle de « mobility manager » avec une vision globale des mobilités. Les plateformes digitales permettront de gérer les mobilités personnalisées des collaborateurs. Le rapprochement avec le Travel manager est envisagé pour offrir une solution de mobilité complète.
  • Melchior WATHELET :
    • Le gestionnaire de flotte devient une fonction à valeur ajoutée, nécessitant des compétences en soft skills pour fédérer et convaincre les différentes parties prenantes. La valorisation de cette fonction est essentielle pour atteindre les objectifs environnementaux et de rentabilité des entreprises.

Les compétences du responsable de demain : un profil hybride

  • Expertise technique : Maîtrise des nouvelles technologies et des enjeux de la transition énergétique.
  • Vision stratégique : Capacité à anticiper les évolutions du marché et à définir une politique de mobilité adaptée.
  • Compétences relationnelles : Aptitude à communiquer, négocier et fédérer les acteurs internes et externes.
  • Gestion de projet : Capacité à piloter des projets complexes et à mobiliser les ressources nécessaires.
  • Philippe AMBON :
    • Le Mobility Manager doit être un timonier capable de discuter avec divers interlocuteurs au sein de l’entreprise. Il doit comprendre les problématiques de chacun et proposer des solutions sur mesure. La fonction nécessite une grande capacité d’adaptation et de fédération.
  • Philippe Ambon évoque l’évolution de la fonction de gestionnaire de flotte automobile, soulignant que le terme « fleet manager » pourrait être remplacé par « mobility manager » ou « gestionnaire des mobilités », en raison de l’émergence de nouvelles formes de mobilité. Selon lui, le rôle du gestionnaire de mobilité de demain sera de proposer des solutions intégrées, conciliant à la fois les besoins professionnels et personnels des collaborateurs. Il évoque des alternatives telles que le forfait mobilité durable ou le crédit mobilité, permettant de financer diverses options de transport comme les vélos ou autres moyens de déplacement.
  • L’avenir de ce métier, selon Philippe AMBON, nécessitera une vision globale de toutes les mobilités proposées par l’entreprise, avec des outils de plus en plus digitalisés et personnalisés. Il imagine un rapprochement avec le rôle de Travel manager, permettant de proposer des solutions adaptées en fonction des trajets, de la fréquence, et de la localisation des employés. La gestion de plateformes pour administrer ces choix de mobilité deviendra essentielle, avec une gestion du budget et une flexibilité accrue, permettant aux employés de composer leur « salade composée » de mobilité en fonction de leurs besoins.
  • Cela inclut la mise en place de plateformes capables de gérer et d’organiser les différentes options de transport, tout en permettant aux collaborateurs de choisir des solutions sur mesure dans un cadre flexible et personnalisable.

  • Melchior WATHELET :
    • La fonction évolue d’un rôle technique à un rôle d’entremetteur, nécessitant humilité et soft skills. Le Mobility Manager doit être l’ambassadeur de la politique de mobilité au sein de l’entreprise. La valorisation de cette fonction est cruciale pour la rentabilité et l’attractivité de l’entreprise.
  • Il affirme que la fonction de gestionnaire de flotte, longtemps sous-estimée, va devenir l’une des fonctions les plus stratégiques et à forte valeur ajoutée pour les entreprises. Il considère que pour atteindre des objectifs environnementaux, rester attractif, valoriser le personnel et gérer les coûts, le mobility manager ou fleet manager sera clé. Il insiste sur l’importance de ce rôle, qui nécessite de représenter les enjeux de la mobilité, de dialoguer avec toutes les directions de l’entreprise et d’être un ambassadeur des bonnes pratiques en matière de mobilité.
  • Il souligne qu’il y a un besoin urgent de réinvestir et de valoriser cette fonction, avec des formations adaptées, car les réglementations et les enjeux évoluent constamment. Melchior considère que cette fonction, souvent perçue de manière réductrice comme simplement la gestion des véhicules, doit être reconnue pour son impact dans la transition vers des pratiques plus durables et dans le changement des mentalités au sein des entreprises.

Les outils : la digitalisation au service de la mobilité

  • Plateformes de gestion de la mobilité : Centralisation des données, optimisation des coûts et simplification des processus.
  • Applications de mobilité : Information en temps réel, réservation de services et gestion des déplacements.
  • Outils d’analyse de données : Suivi des performances, identification des leviers d’optimisation et reporting.

Philippe AMBON souligne que la transition énergétique est en cours, mais les entreprises ont mis du temps à se saisir du sujet, en partie en raison de l’absence de sanctions concrètes pour le non-respect des quotas LOM. Toutefois, celles qui ont pris le sujet en main ont compris qu’il s’agit d’un enjeu de gouvernance touchant toutes les directions. Certains acteurs ont émergé pour gérer cette transition, qu’ils soient dans les achats, les RH ou la gestion des parcs. Il insiste sur le fait que ce rôle est plus une vocation qu’un titre et qu’il demande des compétences comme l’humilité, la curiosité et la capacité à fédérer.

Melchior WATHELET aborde l’aspect du changement dans cette fonction, passant d’un rôle technique à un rôle plus stratégique, nécessitant des compétences en soft skills plutôt qu’en hard skills. Il évoque la complexité croissante des enjeux, notamment la législation et la gestion multinationale, et insiste sur l’humilité nécessaire pour chercher la bonne information et convaincre en interne. Il rappelle que la mobilité devient un facteur clé de différenciation pour les entreprises, notamment pour attirer les nouvelles générations qui attendent des engagements environnementaux forts.

Il évoque l’essor des outils digitaux dans la gestion de la mobilité, en soulignant des initiatives comme le budget mobilité en Belgique, qui ressemble à un plan cafétéria. Ce système permet aux employeurs de remplacer les avantages en nature liés à la voiture par des compensations financières équivalentes, offrant aux employés plus de flexibilité pour choisir d’autres priorités, comme rembourser un prêt immobilier. Ce modèle pourrait réduire le nombre de voitures en Europe, ce qui aura un impact significatif sur l’industrie automobile, notamment dans des pays comme la France et l’Allemagne, où l’automobile représente une part importante de l’économie.

Il prévient qu’il est important d’intégrer cet ajustement dans un raisonnement plus large, car bien que la production automobile en Europe diminue, elle continue de croître dans d’autres régions. Ce changement aura des répercussions économiques majeures, qu’il s’agisse de la gestion des flottes ou des impacts macroéconomiques sur les pays fortement dépendants de l’industrie automobile.

Les deux intervenants mentionnent aussi que la fonction de gestion de la mobilité doit évoluer pour devenir un élément central dans les entreprises, en particulier pour celles dont la mobilité est au cœur du business, comme les transporteurs. Enfin, Philippe AMBON fait référence au « syndrome des rats des villes et des rats des champs », soulignant que la gestion des mobilités varie en fonction des zones géographiques, et que l’évolution de ce métier est plus une adaptation qu’une révolution.

Un avenir prometteur pour les responsables de mobilité

Le métier de responsable de flottes automobiles et de mobilité est en pleine transformation. Les professionnels qui sauront anticiper les évolutions, développer de nouvelles compétences et adopter les outils digitaux seront les acteurs clés de la mobilité d’entreprise de demain.

Interview réalisée par Laurent Courtois, General Manager de l’Agora des Responsables Flotte Auto et Mobilité

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Les membres actifs de l'Agora des Responsables de Flottes Automobiles sont obligatoirement en charge pour une grande part de leurs fonctions de la responsabilité des flottes de plus de 200 véhicules d'un Groupe ou d'une Entreprise.
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